Paris Photo 14′: demandez le programme!

Jusqu’à la fin de la semaine, le Grand Palais se transforme en capitale mondiale de la photographie à l’occasion de Paris Photo, salon de fine art photography aux chiffres clés donnant le vertige:

– 169 exposants

– 143 galeries et 26 éditeurs / libraires

– 35 pays représentés, dont la France (45 galeries), les Etats-Unis (29 galeries), l’Allemagne (17 galeries), mais aussi de nouveaux venus tels que le Chili, la Chine, l’Iran, Taiwan ou bien la Turquie.

– Des expositions et événements associés, et notamment notre coup de coeur -les acquisitions récentes du Museum of Modern Art (MoMA, New York)-, mais également la collection privée Alkazi (New Delhi), Acqua #5 par Giorgio Armani (sur le thème de l’eau), Camera As Release présentée par J.P. Morgan et Wild Style: Masaccio & Drowilal (BMW Art & Culture).

Vue générale au Grand Palais au jour de vernissage de la foire, 12 novembre 2014 ©Jérémie Bouillon/Paris Photo

Vue générale au Grand Palais au jour de vernissage de la foire, 12 novembre 2014 ©Jérémie Bouillon/Paris Photo

Face à une telle profusion, prévoyez au moins 3 à 4h pour faire un tour rapide des différents stands, et si même si votre budget ne le permet pas (les premiers prix des photographies à vendre sont aux alentours de 500€), sachez que la plupart des galiéristes sont accessibles, disponibles et peu avares d’explications sur les artistes qu’ils exposent.

Untitled (Men in the Cities), 1976 – 1982 © Robert Longo Courtesy in camera galerie

Untitled (Men in the Cities), 1976 – 1982 © Robert Longo Courtesy in camera galerie

Paris Photo: les coups de coeur de Photophores

Sachez tout de suite qu’il n’y a pas que Templon et Gagosian à Paris Photo. Face à la photographie spectaculaire et spéculative, nous avons pu trouver parmi les 143 galeries présentes cette année à Paris Photo de véritables coups de coeur d’artistes reconnus comme émergents.

– Galerie Particulière (Paris): La galerie présente un solo show des nouvelles oeuvres de Todd Hido issues de ses dernières séries. Elle offre une sélection d’images qui invoque un retour à « l’architecture » de son enfance, notamment une rue dans une banlieue de l’Ohio, où l’artiste a grandi.

Au cours des vingt-cinq dernières années, Todd Hido a créé un langage visuel distinct empli de tension psychologique et de drame émotionnel, mis en scène dans l’Amérique des banlieues. Tout récit déduit de son travail est une construction de l’imagination du spectateur, développée par le séquencement des images de Hido et son traitement cinématographique des visuels. Ses paysages, ses scènes de banlieues semblent toujours semées d’indices évocateurs. Les trous et les tâches, langage de la mémoire, sont inhérents à la composition finale.

Todd Hido #6415, 2007 C-Print Courtesy La Galerie Particulière/Galerie Foucher-Biousse

Todd Hido
#6415, 2007
C-Print
Courtesy La Galerie Particulière/Galerie Foucher-Biousse

– Galerie Esther Woerdehoff (Paris): coup de coeur pour les oeuvres d’Eric Bourret, explorant le Mercantour avec une esthétique du flou, de la longue exposition. Une projection vers un hors temps et un lieu fiction que nous avons particulièrement apprécié.

Eric Bourret Mercantour, France, 2010 pigment print on fiber-based paper Galerie Esther Woerdehoff

Eric Bourret
Mercantour, France, 2010
pigment print on fiber-based paper
Galerie Esther Woerdehoff

 

– Galerie du jour – agnes b. (Paris): La galerie du jour présente cette année les oeuvres de Tim Barber, Olivia Bee, Richard Billingham, Luc Choquer, Petra Collins, Lucien Hervé, Seydou Keïta, Jonas Mekas, Gilles Rigoulet, Malick Sidibe. Et c’est Gilles Rigoulet qui a retenu notre attention, avec une série argentique sur la Piscine Molitor datant des années 80. Esthétique, graphique, les photographies de Gilles Rigoulet permettent de redécouvrir un lieu, la Piscine Molitor, et une ambiance particulière, qui n’est pas sans nous faire penser à une autre piscine mythique et immortalisée en photographies: la Piscine de Roubaix.

Gilles Rigoulet Piscine Molitor, Juillet 1985 Tirage argentique noir et blanc Gil Rigoulet -  galerie du jour agnès b.

Gilles Rigoulet
Piscine Molitor, Juillet 1985
Tirage argentique noir et blanc
Gilles Rigoulet – galerie du jour agnès b.

 

– Galerie Christophe Gaillard (Paris) : Articulée autour de ses séries emblématiques et de ses derniers travaux, encore jamais montrés, l’exposition revient sur dix années de production du photographe français Halzelzet en présentant plus d’une dizaine de petits et grands formats.

Thibault Hazelzet est un photographe expérimental. Travaillant dans une chambre 4×5 dans son atelier, l’artiste ne reproduit pas le réel mais l’invente en créant pour chacune de ses séries argentiques un univers mental particulier. Jouant avec les tirages en négatif, les reflets, les caches, les superpositions et les textures, chacune des oeuvres de l’artiste a une dimension picturale évidente. Ce travail d’atelier aboutit à la création d’une image qui se trouve entièrement finalisée sur le négatif photographique, que l’artiste détruit une fois le tirage réalisé. L’artiste indique ainsi sa volonté de produire des photographies qui ont valeur de tableau, tant par leur imposant format que par leur unicité.

Thibault Hazelzet La Parabole des Aveugles, Diptyque #14, 2012 Ilfoflex sous diasec © Thibault Hazelzet, Courtesy Galerie Christophe Gaillard

Thibault Hazelzet
La Parabole des Aveugles, Diptyque #14, 2012
Ilfoflex sous diasec
© Thibault Hazelzet, Courtesy Galerie Christophe Gaillard

 

– Galerie Filles du Calvaire (Paris) : Coup de coeur global pour l’orientation esthétique choisie par la galerie Les Filles du Calvaire, qui propose un éclairage sur le portrait avec des oeuvres d’Antoine d’Agata, Helena Almeida, Laura Henno, Claudia Huidobro, Thierry Fontaine, Karen Knorr, Yusuf Sevinçli, Dorothée Smith et Matt Wilson.

Thierry Fontaine L'île habitée, 2000 c-print courtesy Galerie les filles du calvaire

Thierry Fontaine L’île habitée, 2000 c-print courtesy Galerie les filles du calvaire

 

– Stills Gallery (Sydney, Australie):  la galerie australienne présente le travail du photographe Trent Parke, notamment sa dernière série « The Camera is God », exposée pour la première fois en 2014 lors de DARK HEART, la biennale d’art australien d’Adélaïde. Entre portraits et abstraction, ce travail constitue un point de départ passionnant dans l’oeuvre de Trent Parke. Les sujets émergent du grain du film, comme réduits à leur essence première. De loin, ces portraits de rue semblent reconnaissables, pour s’évaporer dans l’abstrait en regardant plus près.

Bien qu’il utilise le langage de la photographie documentaire, Trent Parke choisi la posture du conteur et intègre de l’histoire, du mystère et de l’illusion au moment saisi.

Trent Parke NO.376 Candid portrait of a boy on a street corner. Adelaide., 2013 pigment print the artist and Stills Gallery

Trent Parke
NO.376 Candid portrait of a boy on a street corner. Adelaide., 2013
pigment print
the artist and Stills Gallery

 

– Nusser & Baumgart (Munich, Allemagne):  Les grands formats en noir et blanc de Peter Schlör présentés par Nusser & Baumgart démontrent avec force qu’un paysage n’est pas uniquement constitué par sa topographie, mais surtout par la lumière. Dans ses dernières oeuvres, des paysages photographiés dans les îles Canaries, en Cappadoce et en Islande, Peter Schlör étudie la profondeur et la qualité graphique de la lumière. Ces images rappellent le traitement de la lumière dans la peinture des grands maîtres et son rôle dans la composition picturale.

Peter Schlör Caldera de Taburiente, 2008 Fineart-Pigmentprint / Diasec® © Peter Schlör, courtesy Nusser & Baumgart

Peter Schlör
Caldera de Taburiente, 2008
Fineart-Pigmentprint / Diasec®
© Peter Schlör, courtesy Nusser & Baumgart

 

 – Fraenkel Gallery (San Francisco, USA): coups de coeur pour Hiroshi Sugimoto, mais également pour Nicholas Nixon qui photographie sa femme, Bebe Brown Nixon, et ses trois soeurs depuis 40 ans. Pour la première fois, la galerie présente cette série dans son intégralité, depuis 1975.

Hiroshi Sugimoto In Praise of Shadows 980727, 1998 gelatin-silver print © Hiroshi Sugimoto, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

Hiroshi Sugimoto In Praise of Shadows 980727, 1998 gelatin-silver print © Hiroshi Sugimoto, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

 

– Editions Filigrane, Israël Ariño: Paris Photo, ce sont aussi des éditeurs et des libraires venus en nombre présentés les ouvrages de photographes, comme celui d’Israël Ariño réalisé pendant la Résidence Nature Humaine au Blanc en 2013-2014. Des signatures de l’ouvrage Le nom qui efface la couleur en co-édition Filigrane / Anómalas auront lieu le vendredi 15 de 14h à 19h à Polycopies (Concorde Atlantique, face 23, quai Anatole France) et le samedi 16 novembre à 18h au stand Filigrane – Paris Photo.

Israël Ariño, Le nom qui efface la couleur - résidence Nature Humaine 2013/2014

Israël Ariño, Le nom qui efface la couleur – éditions Filigranes – résidence Nature Humaine 2013/2014

 

– Galerie m Bochum (Bochum, Allemagne): coup de foudre pour l’art photographique d’Aino Kannisto, subtil, sensible et graphique.

Aino Kannisto Untitled (Flower Pattern), 2013 Archival Pigment Print, Diasec © Aino Kannisto, Courtesy Galerie m Bochum, Germany

Aino Kannisto
Untitled (Flower Pattern), 2013
Archival Pigment Print, Diasec
© Aino Kannisto, Courtesy Galerie m Bochum, Germany

 

– Magda Danysz Gallery (Paris, Shanghai) : mention spéciale pour Huang Xiaoliang, avec des oeuvres poétiques, énigmatiques et hypnotiques.

Xiaoliang Huang A gentle Summer, 2012 Pigmet Print on Fiber paper galerie Magda Danysz

Xiaoliang Huang
A gentle Summer, 2012
Pigmet Print on Fiber paper
galerie Magda Danysz

 

– Christophe Guye Gallery (Zurich, Suisse): Courrez voir les oeuvres de Kosuke à la Galerie Christophe Guye. Une vision à la fois documentaire et esthétique du Japon, un irrémédiable sentiment de nostalgie qui se confronte aux chocs d’une réalité trop brutale. Assurément une vision inspirée et très personnelle.

Kosuke WARNING #41, 2011 Silver gelatin print Christophe Guye Galerie

Kosuke
WARNING #41, 2011
Silver gelatin print
Christophe Guye Galerie

 

– Galerie Camera Obscura (Paris): coup de coeur affectueux et passionné pour Sarah Moon que l’on ne présente plus.

Sarah Moon Deux anémones, 2014 Tirage charbon couleur Sarah Moon courtesy Galerie Camera Obscura

Sarah Moon Deux anémones, 2014 Tirage charbon couleur Sarah Moon courtesy Galerie Camera Obscura

 

– Galerie Afa (Santiago, Chili) : Paz Errázuriz est l’auteur de séries thématiques relatives à l’abandon et à l’exclusion que la modernité hyper capitaliste et la dictature militaire ont brutalement introduits, aux prétextes de la planification. Son travail se concentre sur les marges de cette modernité fragilisée par la pauvreté, la folie et l’effacement des différences ethniques et sexuelles. Son regard s’insinue entre règlements et transgressions, et se rapproche des corps, des histoires personnelles, des malheurs et des chocs psychiques.La série « La Manzana de Adam » (la pomme d’Adam) présentée pour la Foire montre un groupe de travestis, à l’époque de la dictature militaire, dont le corps fait l’objet d’une exploitation sexuelle.

– Galerie VU’ (Paris): coups de coeur pour les oeuvres présentées d’Alexis Monduit et Dan Estabrook

 

Informations pratiques: 

Paris Photo //// Grand Palais — Avenue Winston-Churchill — 75008 Paris

Du 13 au 16 Novembre, 12h30-20h (19h le dimanche).

Entrée: Plein tarif: 30€ // Etudiants: 15€

Site web Paris Photo

 

Sébastien Appiotti