Les Fragments de Rachel Rom exposés à la Galerie E.G.P

Jusqu’au 20 décembre prochain, la Galerie E.G.P expose Fragments, autour des photographies de Rachel Rom.

Une exposition que nous avons choisi de vous présenter avec des visuels in situ, afin de mieux rendre compte du travail de l’artiste, de la prise de vue en passant par la re-photographie jusqu’à l’accrochage de ses oeuvres.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Rachel Rom: esthétique du palimpseste

Les oeuvres présentées sont des fragments de séries de la photographe. Pour elle, la photographie semble être un matériau brut à partir duquel s’opère des transformations et des expérimentations.

L’exposition fait partie de l’oeuvre, car cette dernière se construit jusqu’à l’accrochage sur les murs de la galerie. En effet, Rachel Rom re-photographie ses propres photographies in situ lors d’expositions ou à partir d’images issues de ses archives personnelles. Un geste qui ouvre une réflexion sur le temporel, la mémoire et le motif de la trace, omniprésent chez l’artiste.

Car trace après trace, et plus qu’une photographie capturant la présence, Rachel Rom construit une esthétique du palimpseste, où les signes visuels s’empilent à la manière de strates géologiques. L’oeuvre est comme bouleversée physiquement: découpage, collages, disparitions de visages au fur et à mesure des re-photographies sont autant d’occurrences qui viennent mettre en abime les oeuvres, et l’artiste elle-même.

Rachel Rom, Work in progress series. FR-2014. Tirage numérique. © Rachel Rom. Courtesy Galerie E.G.P. Photo : Adrien Chevrot

Rachel Rom, Work in progress series. FR-2014. Tirage numérique.
© Rachel Rom. Courtesy Galerie E.G.P. Photo : Adrien Chevrot

Rachel Rom, Remanence Wall series. CH-1982 - GE-2013 - FR- 2013-2014. Polaroid re-photographié, bois, papier peint. © Rachel Rom. Courtesy Galerie E.G.P. Photo : Adrien Chevrot

Rachel Rom, Remanence Wall series. CH-1982 – GE-2013 – FR- 2013-2014. Polaroid re-photographié, bois, papier peint.
© Rachel Rom. Courtesy Galerie E.G.P. Photo : Adrien Chevrot

En déployant une poétique du fragmentaire, Rachel Rom joue sur un travail d’installation dans la galerie qui n’est plus simplement de l’ordre de la photographie et de l’accrochage linéaire ou muséal. Un triple jeu en réalité s’opère: sur le temps, les supports et la mise en scène.

Ces personnages flous ou en mouvement auxquels nous sommes confrontés se dévoilent avec subtilité à notre regard et font varier le sens de ce que nous observons: le souvenir, l’ailleurs, la vie.

Rachel Rom, Hole series. CH-1992-FR-2014. Tirage numérique déchiré, recollé et scanné. © Rachel Rom. Courtesy Galerie E.G.P. Photo : Adrien Chevrot

Rachel Rom, Hole series. CH-1992-FR-2014. Tirage numérique déchiré, recollé et scanné.
© Rachel Rom. Courtesy Galerie E.G.P. Photo : Adrien Chevrot

Un travail au-delà du support: « à mesure que l’image s’abîme, la trace s’intensifie »

Un détail nous a frappé: l’utilisation du support mobile par la photographe sur un mur dédié dans la Galerie E.G.P. Quel rapport avec ce que nous avons observé auparavant? Comment Rachel Rom inclue ce support dans sa vision de l’art photographique?

A cela, la photographe répond: « La première fois que j’utilise le support mobile, c’est pour la serie « screen » réalisée dans un premier temps pour une exposition curatée par la Maison Martin Margiela dans le cadre d’une exposition à la galerie Jousse en juin 2014.

Dans mon exposition individuelle ‘Fragments’ en ce moment à la galerie E.G.P, je réexpose deux images de cette serie mais j’utilise aussi le support mobile pour exposer des images d’une étape intermédiaire du processus de création des oeuvres de l’exposition. Je crée ainsi un mur ‘work in progress’ avec des images iPhone documentant la création des oeuvres exposées mais que j’encadre et expose finalement à leurs cotés pour les faire changer de statut.

Depuis que le focus de mon travail s’est désolidarisé de l’oeuvre matérielle, le support n’importe plus vraiment, il devient juste un outil. L’oeuvre existe et se construit dans l’évolution. Dans l’accumulation de strates. Par exemple, ces photos de vacances, re-photographiées à l’iPhone sur mon écran d’ordinateur deviennent plus floues avec un gros flash sur l’écran brillant et une trame étrange apparaît avec un mélange de grain (de la photo originale), pixels (iPhone) et bruit (écran). Pour moi, à mesure que l’image s’abîme, la trace s’intensifie. En un sens le processus de photographie et l’oeuvre dépasse l’inertie, en restant inachevée.

J’inclus d’ailleurs à présent des repères géographiques et temporels à mes séries. Par exemple le portrait de famille de la serie « screen » s’appelle screen IT 2012 (photo argentique) FR 2014 (re-photo numerique Iphone). »

‘Fragments’, Vue d’exposition, Galerie E.G.P, Paris, octobre 2013 (Rachel Rom, Screen series, IT-2012-FR-2014. Tirage numérique re-photographié à l’iPhone) © Rachel Rom. Photo : Adrien Chevrot

‘Fragments’, Vue d’exposition, Galerie E.G.P, Paris, octobre 2013
(Rachel Rom, Screen series, IT-2012-FR-2014. Tirage numérique re-photographié à l’iPhone)
© Rachel Rom. Photo : Adrien Chevrot

Rachel by Rom: une interview de l’artiste par Romina Shama 

Nous avons souhaité terminer ce billet en présentant une vidéo réalisée spécialement pour l’exposition. Rachel Rom est en effet le nom d’artiste de Romina Shama. Ce jeu sur l’identité et le double artiste a conduit à la réalisation de cette vidéo-interview « Rachel by Rom », complément aux fragments présentés et véritable introduction poétique à cette exposition:

Précisons enfin que Fragments fait partie de nos coups de coeur du Mois de la Photo à Paris. Un coup de coeur pour ce travail sensible autour de la trace, de l’image re-photographiée et d’une approche globale au-delà du support.

Informations pratiques: 

Galerie E.G.P

20, rue Germain Pilon – 75018 Paris

Métro Abesses (12), Pigalle (2-12)

Du jeudi au samedi: 11h-19h et sur rendez-vous

En savoir plus sur Rachel Rom: Site web

Sébastien Appiotti