Entretien avec…la RATP et sa politique photographique (Jean-Michel Leblanc)

Depuis quelques mois, vous avez sûrement observé la présence de photographies dans les stations et les gares du réseau RATP, autour des festivals Photoquai et Circulation(s), de la carte blanche donnée à Gueorgui Pinkhassov ou en ce moment même avec la rétrospective Garry Winogrand.

L’animation culturelle des espaces de transport de la RATP n’est pourtant pas nouvelle : plus de 60 partenariats conclus chaque année viennent rythmer la volonté de l’entreprise d’organiser des événements à forte empreinte culturelle principalement autour de la littérature et de la musique.

Depuis l’automne 2013, la photographie est un nouvel axe de la politique culturelle de la RATP. Un choix effectué à partir d’un double constat : d’une part, la photographie serait un média plus accessible, populaire et dont la pratique se massifie avec l’avènement du numérique et des smartphones. D’autre part, les espaces RATP se prêtent particulièrement à des scénographies autour de l’image fixe.

Les voyageurs sur le réseau RATP sont estimés à près de 12 millions par jour : quels choix de programmation photographique leur sont proposés ? Quels sont les orientations de la politique photographique de la RATP ?

Autant de questions que nous avons souhaité poser à Jean-Michel Leblanc, responsable de l’unité patrimoine et ingénierie culturelle, au sein du département communication à la RATP.

 

La RATP Invite...Gary Winogrand

La RATP Invite…Gary Winogrand

Comment choisissez-vous les stations où vous exposez de la photographie ?

Tout d’abord, on a voulu installer de la photographie de manière pérenne dans certaines stations dans des logiques de co-valorisation, c’est à dire que l’œuvre valorise l’espace, et l’espace valorise l’œuvre. Certaines stations présentent une architecture remarquable et particulièrement adaptée pour accueillir des scénographies qu’on pourrait qualifier de monumentales. Les quais de la gare Luxembourg, par exemple, offrent des surfaces importantes, ce qui nous permet de proposer aux voyageurs des photographies en très grand format.

Dans d’autres stations, les 15 premiers jours de chaque rendez-vous « La RATP invite… », nous investissons massivement les cadres publicitaires – notamment les 4×3 placés sur les quais.

Nous essayons ainsi de varier les lieux et les modes de présentation des photographies, en jouant sur l’architecture, les volumes, les supports d’impression, ou encore le fait de les faire découvrir dans des espaces de circulation – les couloirs de correspondance par exemple – ou de manière plus statique sur les quais.

Enfin, nous établissons la carte des stations d’exposition en fonction d’un autre critère, celui de l’équilibre géographique sur le réseau de transport parisien, avec des variations de lieux entre deux opérations pour que la visibilité auprès du voyageur soit la plus large possible.

On porte bien sûr une attention particulière à l’emplacement de notre partenaire et aux stations à proximité : la station Concorde pour le Jeu de Paume, avec la rétrospective Garry Winogrand par exemple.

Avez-vous un retour sur l’impact que peuvent avoir ces rendez-vous photographiques auprès des voyageurs ?

Nous n’avons pas encore fait d’étude qualitative spécifique sur le ressenti de nos voyageurs. Nous sommes pour le moment dans une logique d’installation de ces rendez-vous autour de la photographie dans l’environnement quotidien et l’esprit de nos voyageurs.

En revanche, nous avons d’ores et déjà pu recevoir quelques-unes de leurs réactions, communiquées à nos agents en station. Elles sont assez positives sur le fait que la RATP leur propose de l’art photographique en alternative à l’affichage publicitaire.

Nous avons également des retours positifs sur les réseaux sociaux, et de la part des artistes eux-mêmes. Au moment du festival Circulation(s) par exemple, en février dernier, les jeunes photographes, à travers le média que sont ces espaces de la RATP, ont pu voir pour la première fois leur travail exposé en grands formats et au regard de millions de personnes.

L’impact est tangible pour les voyageurs, puisque que pour chaque opération, on installe entre 250 et 300 images au total sur le réseau sachant que nous reproduisons une sélection de 25 à 40 photos selon les événements sur l’ensemble des stations. Dans cette sélection, nous bénéficions toujours de photographies exclusives. Ainsi, pour la rétrospective Garry Winogrand, sur les 26 photos reproduites dans nos espaces de transport,15 ne sont pas présentées au Jeu de Paume.

Nos événements ne sont donc pas simplement un relai. Nous essayons d’offrir un quelque chose d’unique et de spécifique.

La RATP Invite...Gary Winogrand

La RATP Invite…Gary Winogrand

Pourquoi avoir choisi de vous associer au Festival Circulation(s) pour la deuxième édition de « La RATP invite… »?

Une caractéristique forte de la politique culturelle de la RATP est de donner de la visibilité à la jeune création.

Nous avons donc voulu encourager la jeune photographie européenne. Par ailleurs, à travers ce type d’événements culturels, nous souhaitons ouvrir des fenêtres sur le monde à travers lesquelles nos voyageurs pourront s’évader pendant leur trajet. Les espaces de transport sont souvent ressentis comme contraignants et nous aspirons à rendre plus agréable le temps de trajet de nos voyageurs.

De plus, la dimension internationale du Festival  Circulation(s) a fait écho à l’identité même du groupe RATP, qui se développe au-delà du territoire national et est aujourd’hui présent dans 13 pays et sur 4 continents.…. et puis, le nom même du festival, « Circulation(s) », ne présentait-il pas une évidence de partenariat ?

Festival Circulation(s) - RATP - Bruno Marguerite

Festival Circulation(s) – RATP – Bruno Marguerite

 

Et quelles ont été les raisons de votre partenariat avec le Jeu de Paume autour de la rétrospective Garry Winogrand ?

Dans le cas de l’exposition « La RATP invite Garry Winogrand », la mise en valeur de la photo de rue, la photo urbaine, avec des mises en situation très expressives, correspond bien à l’ambition de la RATP de faire « Aimer la ville ».

Par ailleurs, ce choix traduit une volonté de créer une rupture entre le noir et blanc des photographies de Winogrand, et un univers métro très coloré par ses aménagements, sa mixité et sa signalétique.

 

La RATP Invite...Gary Winogrand

La RATP Invite…Gary Winogrand

Pourquoi avoir choisi le photographe Gueorgui Pinkhassov pour votre commande autour de la mobilité urbaine ?

L’été dernier, nous avons, il est vrai, donné carte blanche à un photographe pour offrir un événement unique dans nos espaces. Pour ce faire, nous avons lancé un appel à projets, où nous avons demandé à plusieurs agences, dont Magnum, de nous proposer des regards photographiques qui leur semblaient pouvoir répondre à notre cahier des charges : avoir un regard nouveau sur la mobilité urbaine et pouvoir investir ce regard dans différentes villes définies où le groupe RATP est présent, à savoir Séoul, Casablanca, Londres, Florence et Paris.

A travers les books des différents artistes qui nous ont été présentés, nous avons particulièrement recherché l’émotion et la capacité à créer du lien avec nos voyageurs.

Le travail de Gueorgui Pinkhassov, en particulier autour de la lumière, nous a paru intéressant et nous n’avons pas été déçus du résultat. La sélection des photographies a d’ailleurs été particulièrement difficile puisque l’artiste a été très prolixe (plus de 1000 prises de vue).

Gueorgui Pinkhassov - Bir Hakeim

Gueorgui Pinkhassov – Bir Hakeim

Comment va se dérouler votre prochaine  « carte blanche » photographique ?

Nous gardons la thématique de la mobilité urbaine autour d’un cahier des charges simple qui donne la priorité au regard personnel et artistique de l’artiste. Un de nos critères de sélection pour l’édition 2015 sera le contraste avec ce qui a pu être fait par Gueorgui Pinkhassov. La liste des villes photographiées sera également edifférentes.

A terme, ce qui est intéressant pour nous, c’est la richesse des regards photographiques qui vont nourrir ce concept de mobilité urbaine. Cette commande annuelle va par ailleurs être pérennisée avec une publication aux éditions Lamartinière, pour chaque photographe.

Cela répond bien à notre objectif de ne pas être uniquement un relai, une réplique ou un média pour nos partenaires, mais bien de proposer des exclusivités à nos voyageurs.

 

Quelles sont vos pistes de développement autour de la photographie ?

La médiation culturelle est assurément un bel aspect à développer dans les mois à venir. Le programme est en cours d’élaboration, mais cela pourra se matérialiser sous la forme d’ateliers, de débats, d’apprentissage au regard photographique,…

Nous engageons déjà un dialogue avec le public dans le cadre de « La RATP invite Garry Winogrand », puisque nous organisons un concours photographique avec le magazine Réponses Photo autour du thème « Photographier la ville ».

Enfin nous n’avons pas comme but de nous associer systématiquement aux mêmes partenaires. Au regard du programme photographique proposé sur Paris, très riche, nous préférons varier les expositions et les partenaires pour répondre à notre souhait de promouvoir la diversité culturelle et artistique de l’Ile-de-France.

On ne peut donc pas toujours travailler avec les mêmes acteurs : nous sommes un média puissant et nous voulons faire connaître aux voyageurs des grandes expositions mais aussi des associations, des structures plus petites et des jeunes talents.

La RATP Invite...Gary Winogrand

La RATP Invite…Gary Winogrand

 

Informations pratiques : « La RATP invite Garry Winogrand »

Jusqu’au 27 octobre 2014:

Cité (4), Concorde (1, 8), Gare Montparnasse (13), Gare Saint-Lazare (12), Gare de Lyon (1), Gare de l’Est (5), Gare du Nord (4), Gare d’Austerlitz (5), Saint-Augustin (9)

Du 14 octobre 2014 au 8 février 2015:

Bir Hakeim (6), Hôtel de Ville (1), La Chapelle (RER B, 2), Jaurès (2), Saint-Denis Porte de Paris (13), Saint- Michel (4), et à la gare Luxembourg (RER B).

 

Sébastien Appiotti