Entretien avec…Romain Rucay

Vous le savez sans doute, Photophores adore la photographie mobile! Révélatrice de talents nouveaux et d’énergies créatives, la photographie mobile apporte un vent de fraicheur au sein du champ photographique. Romain Rucay, alias @roman_social sur Instagram, inscrit sa démarche d’auteur dans plusieurs supports : image fixe, expression plasticienne, street art,…

Un univers résolument onirique, une plongée dans un ailleurs des souvenirs d’enfance: Romain Rucay nous propose une invitation au rêve et une fenêtre sur notre imaginaire.

Enfance, Romain Rucay

Enfance, Romain Rucay

 

Comment te définis-tu ? Photographe / photographe mobile / Street artiste / Créateur ?

Un peu tout cela à la fois. Je ne me définis pas véritablement, j’essaie d’aller là où les envies me portent : cela peut être la photo mobile, le dessin, la caméra, un travail de plasticien.

Pochoir & street art, Romain Rucay

Pochoir & street art, Romain Rucay

Dans ta démarche, comment réinterprètes-tu la street culture?

Je travaille beaucoup sur l’espace urbain. C’est quelque chose qui me marque profondément.

J’ai vécu à Saint-Denis, une ville particulière en terme d’environnement, qui impacte et qui donne à réfléchir sur le monde que l’on côtoie.

L’urbain est assez présent dans mes réalisations. Je vais partir d’un lieu pour décliner une histoire. Et puis, pour mes réalisations street et de plasticien, je vais utiliser des éléments que je vais récupérer dans la rue, que ce soit pour les retravailler en peinture ou pour les intégrer dans des compositions photographiques.

Evoluer dans cet environnement urbain, où la culture était exclue globalement, m’a fait prendre conscience que le street art permettait de s’approprier artistiquement un univers qui excluait toute forme d’art. J’espère qu’aujourd’hui ce sentiment là se retrouve dans mes créations.

 

L'enfant, Romain Rucay

L’enfant, Romain Rucay

Pourquoi le thème de l’enfance tient une place centrale dans tes créations?

C’est vrai que c’est un thème qui m’est cher. Toucher à cette part d’enfant qui nous échappe, dont on se défend, qu’on essaye parfois d’ignorer. Je suis attaché à conserver un regard d’enfant, à garder ce réflexe d’imaginer les choses, de les rêver un peu.

C’est une forme de poésie que l’on retrouve énormément dans mes créations. J’ai notamment élaboré une série autour des ballons, symbolisant pour moi tout particulièrement le thème de l’enfance. J’aime m’y retrouver, dans les illustrations que je fais.

Free, Romain Rucay

Free, Romain Rucay

Pour en revenir aux ballons, pourquoi symbolisent-ils l’enfance selon toi?

C’est une image qui va apporter quelque chose, et qui est parlante pour tous. L’image du ballon fait forcément écho à une image d’enfance. C’est un peu ce lien qui nous rapproche de l’enfance et de cette part d’imaginaire et de rêve. C’est rond, doux et empreint de poésie.

Ballon rouge, Romain Rucay

Ballon rouge, Romain Rucay

Quelle place accordes-tu au texte dans tes créations?

Une place omniprésente, quelque soit le médium que j’utilise. Le texte est forcément là, que j’en sois l’auteur ou non.

Je considère que je fais pour l’essentiel de l’illustration. Les éléments de la création s’imbriquent en ayant soit cette clé de lecture des mots, soit en se laissant emporter par les images comme on feuillette un livre.

Le travail s’effectue par contre de manière très décousue. Ça peut être une idée de texte à écrire qui va générer une illustration derrière, ou une photo que je vais avoir envie de faire et d’où va découler une histoire. D’ailleurs, je travaille le plus souvent par série en photographie.

La plage, Romain Rucay

La plage, Romain Rucay

Tu es exposé jusqu’au mois de juin à La Maison des Contes et des Histoires : peux-tu nous en dire plus?

La Maison des Contes et des Histoires est un établissement culturel à Paris qui travaille sur le monde de l’enfance. Je les ai rencontrés il y a plus d’un an, ils ont à cette occasion intégré certains de mes travaux dans une exposition autour du Loup.

Ils m’ont par la suite contacté pour travailler sur l’exposition « 80 Contes autour de la France » pour mettre en parallèle conte, illustration et photographie.

C’était la première fois d’ailleurs qu’ils travaillaient sur de la photographie. Ils ont l’habitude le plus souvent de collaborer avec des illustrateurs de dessin pour enfants.

La Maison des Contes et des Histoire m’a soumis 12 contes, qu’ils ont également proposé à des étudiants d’une école d’illustration, de manière à pouvoir présenter une exposition destinée aux enfants, avec la possibilité d’élargir leurs univers et en leur faisant prendre conscience que l’illustration d’une histoire peut être toute forme de support.

Cet établissement m’a laissé carte blanche sur les photographies que j’allais exposer. C’était vraiment confortable de travailler de cette manière, avec la possibilité de décliner mon univers comme je le souhaitais, sans censure.

C’était également intéressant de pouvoir m’être ça en parallèle avec les illustrations d’étudiants : des résultats parfois semblables, d’autres plus éloignés, pour interroger le public sur le fait que la photographie est une vision possible, le dessin en est une autre.

 

Lapin de Paques, Romain Rucay

Lapin de Paques, Romain Rucay

Le loup, Romain Rucay

Le loup, Romain Rucay

Tu es membre du collectif MAW -Make a Wish-. Qu’est-ce que le MAW et que vous apporte cette démarche collective?

 

Le collectif MAW – Make a Wish – est issu d’une collaboration que j’ai eu avec Cécile Guerrier, peintre avec qui j’ai fait une exposition commune de ses peintures mêlant mes pochoirs de street art. On a travaille à 4 mains sur des pièces, et cela a donné l’exposition  » D’airs et 2 rêves ».

On a eu envie de poursuivre l’expérience, avec des amis communs qui travaillent sur le support numérique et dans la musique. Nous avons donc monté un collectif.

Nous travaillons pour tout type de création artistique en lien avec des centres culturels (Carreau du Temple). On peut également travailler avec des marques pour des supports de communication. Le collectif est une façon de mêler un univers artistique à un univers qui reste attaché à l’onirique et à l’enfance. C’est un univers de douceur que l’on essaie de décliner.

MAW - Make a Wish

MAW – Make a Wish

Quels conseils pourrais-tu donner à de jeunes photographes (mobiles)?

 

(rires) Je ne sais pas si je suis très habilité à donner des conseils en photographie ! Peut être en photo mobile.

Quand j’ai commencé à utiliser la photo mobile, je me suis dit qu’il fallait essayer de ne pas singer ce que je pouvais faire au préalable en argentique et en numérique.

La photo mobile a un côté extrêmement pratique : on l’a toujours sur soi, il est discret.

Je faisais de la photographie sociale avant, et j’ai eu le réflexe de continuer dans cet univers. Et à un moment donné, j’ai un peu réfléchi à ma pratique et je me suis demandé ce que cela apportait, quel était l’intérêt finalement de faire ces photos ?

Ce qui est intéressant, c’est justement d’apporter quelque chose de différent par rapport à ce qu’on pourrait faire soi-même avec un appareil non mobile. L’intérêt est dans le support, dans son interactivité, dans le fait que cela soit diffusé sur des réseaux sociaux qui créent les conditions d’un possible échange. C’est là que je me suis tourné vers la photo illustration, vers quelque chose de plus onirique, mes petites histoires.

Romain Rucay

Romain Rucay

Laverie, Romain Rucay

Laverie, Romain Rucay

Pour en savoir plus sur Romain Rucay:

Site web

Instagram

Collectif MAW – Make A Wish

Exposition « Le Tour de France en 80 contes », jusqu’au 12 Juin.

La Maison des Contes & des Histoires

7, rue Pecquay 75004 PARIS

Sébastien APPIOTTI