Entretien avec…Sarah Boucher – Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke

Situé à 150km de Montréal et à 50km de la frontière américaine, la ville de Sherbrooke accueille en son sein un Musée des Beaux-Arts -le MBAS- tout à fait atypique. Précurseur dans la reconnaissance de l’art mobile, le MBAS a notamment conjointement organisé avec le Mouvement Art Mobile (MAM) deux éditions des « Week-end d’Art Mobile ». Sarah Boucher, conservatrice du Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke, a accepté de répondre à nos questions autour de la place de la photographie dans ses collections, et l’émergence de l’art mobile.

Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke

Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke

Quelle place accordez-vous à la photographie dans vos collections ?

L’acquisition d’œuvres photographiques fait partie de notre politique de collectionnement et occupe donc une part importante des ajouts à notre collection.

Nous avons plusieurs centaines de photographies dans la collection du Musée qui compte maintenant près de 5000 œuvres. La plupart des œuvres photographiques de la collection ont été produites à l’époque où la photographie dite « traditionnelle » (argentique) était le médium de prédilection. Nous nous concentrons donc aujourd’hui sur l’acquisition de photographies numériques.

LaRochelle (2)

Comment vous servez-vous du médium photographique dans vos actions de communication ?

Autant que possible, nous tentons de toujours accompagner nos textes, publicités, communiqués de presse, ainsi que toute intervention sur le Web (réseaux sociaux et autres) d’une image. Le pouvoir d’attraction du support visuel, surtout dans notre domaine, est primordial.

LaGrandeVague-Recto

La photographie d’œuvres d’art est-elle autorisée au sein de votre établissement culturel ?

Habituellement, il n’est pas permis de prendre en photo les œuvres exposées dans nos salles et ce pour des raisons de conservation et de droits d’auteurs. L’utilisation de « flash » de manière répétée et à long terme contribue à la détérioration hâtive des œuvres qui sont fragiles à l’exposition à la lumière. Puis, plusieurs œuvres sont protégées par des droits d’auteurs, il est donc interdit d’en faire la reproduction, même partielle, sans autorisation et acquittement des droits liés.

Cependant, la prise de photo peut être autorisée dans certains cas particuliers, si l’artiste donne son accord.

Bombardier MBAS

Quel regard portez-vous sur l’émergence récente de l’art mobile ?

Comme dans toute forme d’art, il faut faire la distinction entre les artistes professionnels et les artistes amateurs. Ce qui est plus problématique avec l’art mobile (et ce qui le rend également d’autant plus intéressant paradoxalement) c’est son accessibilité. Le médium « mobile » est hautement démocratique. Pour l’instant, l’art mobile a encore mauvaise réputation pour certains. Elle est souvent perçue comme « trash », amateur, facile, non professionnelle et de mauvaise qualité.  Il reste donc du travail à faire dans le milieu de l’art professionnel pour la faire accepter. Dans une vision à long terme, l’art mobile ne serait plus désigné comme « mobile », mais simplement inclus à  « l’art ». Ainsi, la « photographie mobile » deviendrait de la « photographie », un médium à part entière qu’il n’est plus nécessaire de distinguer d’emblée.

Tous Photographes

Que pouvez-vous apporter à une structure comme le MAM – Mouvement Art Mobile – et que vous apporte t-elle ?

Les artistes du MAM ( Erik Beck, Misspixels, Sven), nous apportent l’expertise en ce qui concerne l’art mobile comme telle. Ils connaissent les artistes important du mouvement à travers le monde et suivent les tendances, les nouveaux outils, etc. En complément, nous leur apportons notre expertise du milieu de l’art général. Étant un organisme accrédité, nous pouvons également leur fournir une certaine notoriété ou du moins une base vers une reconnaissance de la pratique dans le domaine des arts. Nous leur offrons également une vitrine et un canal d’accès au public.

logo Mouvement Art Mobile

Quel bilan tirez-vous du premier Week-End d’Art Mobile organisé conjointement avec le MAM ?

Nous avons organisé en 2013, la deuxième édition du Week-end et nous en tirons un bilan très positif.

Plus de 65 personnes, adultes et enfants, ont été au rendez-vous et ils ont bien participé aux différentes activités proposées, conférences, promenade mobile au centre-ville de Sherbrooke et ateliers de création sur iPad. Les artistes participants ont été assidus et ont vraiment tiré profit de leur expérience, allant même jusqu’à proposer de refaire cet événement dans d’autres villes. Cette deuxième édition du WAM était incluse dans la programmation de l’événement Espace [IM]Média organisé par le centre en art actuel Sporobole, ce qui a permis de rejoindre un public plus varié.

WAM 2013, Denis Beaumont ©

WAM 2013, Denis Beaumont ©

Cependant, compte-tenu d’une météo très clémente et de températures plutôt élevées pour la saison, le taux de participation à la promenade numérique a été en-dessous des attentes. Cependant, le groupe de gens présents étant restreint, la disponibilité des formateurs s’en trouvait accrue. Ainsi, la qualité des propositions n’a pas été affectée par le manque de public.

WAM 2013, Denis Beaumont ©

WAM 2013, Denis Beaumont ©

L’introduction du volet familial, par l’entremise de l’atelier de création sur iPad donné par Sylvain & Lulu fut définitivement le point fort du Week-end. Le fait d’avoir approché la Commission scolaire de Sherbrooke a grandement contribué au succès de cet atelier, autant professeurs, élèves que parents s’étaient déplacés pour prendre part à la journée. Maintenir l’aspect familial, qui n’était pas présent lors de la première édition, sera important pour la continuité de l’événement.

Quels sont vos prochains projets en faveur de l’art mobile ?

A court terme nous envisageons seulement l’organisation du 3e Week-end d’art Mobile. Mais nous sommes très ouverts à d’autres projets.

En savoir plus sur le Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke: 

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Sébastien APPIOTTI