Entretien avec…Julie Plus, fondatrice de Wipplay

Retour de nos entretiens avec un nouvel entrant sur la scène photographique: Wipplay , start-up fondée en 2012 par Julie Plus. Forte de ses partenariats avec des acteurs de la scène culturelle et des marques tels que le Centre Pompidou-Metz, le BAL, Polka, le Festival Circulation(s), PMU, Sony Music, Wipplay développe avec sa communauté de photographes amateurs et semi-professionnels un certain regard sur la photographie, via l’outil du concours et du jeu.

©  O. Ezratty, Julie Plus, Série "Quelques femmes du numérique"

© O. Ezratty, Julie Plus, Série « Quelques femmes du numérique »

Comment définiriez-vous Wipplay ?

 Wipplay est un site de jeux photographiques. On a cherché à plusieurs reprises le bon nom pour nous définir : le jeu et le concours photo sont le cœur du métier. C’est un site qui permet de s’amuser avec les images. On est sur du Social photographic gaming : À chaque fois, les actions sont assez décontractées avec la photographie mais ambitieuses dans nos choix, les partenariats que l’on mène. Je le définirais comme un réseau social, qualitatif et ludique.

logo wipplay update

On va d’ailleurs aller dans les prochaines semaines vers de la vente de tirage et une marketplace. On se rend compte que ce n’est pas si difficile de faire ressortir les bonnes photos amateurs : aujourd’hui on est entre 15 et 20% de bonnes images. On les fait remonter par l’éditorialisation et l’expertise.

Comme aujourd’hui on a des appareils « aidants » le photographe, il est assez facile de faire une bonne image. En revanche, il manque la démarche, l’oeil.  Le photographe professionnel est celui qui a un œil et qui va être capable de le reproduire sur de nombreuses photos. C’est pour cette raison que j’ai choisi pour notre exposition au Studio 13/16 du Centre Pompidou le thème« L’œil est un graphiste comme un autre». Notre œil est habitué au beau et aux belles images.

© Didier Aunay, exposition L'oeil est un graphiste', Studio 13/16, Centre Pompidou

© Didier Aunay, exposition ‘L’oeil est un graphiste comme un autre’, Studio 13/16, Centre Pompidou

Comment prenez-vous en compte dans votre stratégie l’émergence de plus en plus marquée de la photographie mobile?

On a aucun problème avec le smartphone: il est un appareil photo comme un autre. En revanche, une précision: sur le site, nous avons des badges, que nous donnons à notre communauté en fonction de leur activité. Le badge Pixel Art est pour les photos en basse définition, ce qui est possible, voire fréquent avec les smartphones. Donc, smartphone ou pas smartphone, cela ne me pose pas de problème : je veux par contre que Wipplay reste un beau site d’images.

© Thibaut Varnier, Exposition 'L'oeil est un graphiste', Studio 13/16, Centre Pompidou

© Thibaut Varnier, Exposition ‘L’oeil est un graphiste comme un autre’, Studio 13/16, Centre Pompidou

Pour en revenir aux badges, ils ne servent à rien, sauf à s’amuser (rires). Ce sont des badges ludiques, donc certains sont faciles à décrocher comme la connexion de nuit. Ces badges ont plusieurs utilités : ils qualifient les profils et permettent d’interagir avec une communauté très réactive. Chaque action sur le site ramène d’ailleurs des points, et permet de passer des barres de niveaux, d’accéder à des jeux.

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Lun des principaux reproches faits à des sites comme MyPhotoAgency ou le votre est de venir concurrencer la photographie dite « professionnelle » : quen pensez-vous ?

Pas du tout ! La preuve en est le nombre impressionnant de professionnels qui ont travaillé avec nous : ils y sont presque tous. Il y a vraiment une raison pour laquelle ils sont là : on ne vient pas les concurrencer. Wipplay est devenu un laboratoire de rencontres créatives entre professionnels et amateurs. Les professionnels donnent de leur temps, de leur expertise. Il y a du dialogue entre ces professionnels et la communauté Wipplay.

Nous ne sommes pas du tout sur un positionnement du type SFR Jeunes Talents, découvreur de jeune photographie. Nous disons qu’on peut être un bon photographe du dimanche… du samedi ou du lundi d’ailleurs,  avoir une qualité de l’oeil et une expertise, et pour autant être médecin,  journaliste,…Notre modèle ne sera pas ni celui vendant des images pour la presse pour remplacer, ni celui de la banque d’image. On a tellement de belles images, que si on peut conseiller à nos photographes amateurs de les vendre, on le fera. Il y a de la place pour tout le monde.

Nous réalisons d’ailleurs en ce moment un concours photo sur la photographie paparazzi avec le Centre Pompidou-Metz. A cette occasion, nous menons deux actions : une interview de Sébastien Valiéla, qui est à l’origine des photos Hollande / Gayet, et Mitterrand / Mazarine. Ensemble nous nous sommes interrogés sur Qu’est-ce que l’esthétique de la photo paparazzi? Nous avons ouvert d’autre part avec Molly Benn et son blog Our Age is Thirteen une rubrique sur la photo paparazzi.

On va également proposer prochainement toute une série de concours sur l’architecture. Participeront notamment à cette série Rudy Ricciotti, le Festival MAP Toulouse, et David de Rueda, l’initiateur du mouvement urbex en France. Avec « Regard d’architecture » et Rudy Ricciotti dans le jury, et des photographes d’architecture, on veut créer une récurrence et avoir des regards différents sur le sujet. Trois concours sur un sujet en rapport avec la photographie permettent à Wipplay d’avoir une prise de parole légitime.

Concours 'Regards d'architecture'

Concours ‘Regard d’architecture’

Que viennent chercher les photographes qui sinscrivent sur votre site, les Wipplayers ?

On s’adresse à une communauté assez large. Sur le site, on a différents types de photographes et concours. On va avoir de très grands amateurs d’images, des « semi-pro » : on va leur faire des concours sur mesure –macro, pause longue…- avec des partenaires photo. On a travaillé avec Polka, Olympus, par exemple. On offre des dotations en conséquence pour que chaque photographe voie sa participation privilégiée. Les concours sont ouverts à tout le monde, mais les thèmes et les dotations répondent à différents profils de photographes.

« Pas si bête, 30 millions de photos » est par exemple un concours grand public, mais qui offre un regard détourné sur « photographiez votre animal préféré ». Nous on s’éclate autant, quelque soit la nature du concours organisé.

Qu’apportez-vous aux institutions culturelles avec lesquelles vous travaillez, et qu’est-ce que les photographes que vous mobilisez via vos concours peuvent leur apporter ?

On apporte à ces partenaires culturels un conseil en communication avec un élargissement de la cible, entre celle qui est déjà acquise et la cible qu’ils pourraient accueillir. En cela, on est entre la communication et le marketing.

L’autre apport, c’est que parfois pour les musées, on est vraiment sur de l’action pédagogique. Je prends un exemple avec RMN-Grand Palais, lors de l’exposition Hopper. RMN a été un des premiers à nous faire confiance, « Hopper et moi » étant le 3ème concours que l’on a ouvert. Quand on leur propose ce concours, le Grand Palais n’a pas besoin de communiquer : l’exposition est partout et très fréquentée. « Hopper et moi » a donc invité les photographes potentiels à s’interroger sur ce qu’est Hopper.

Globalement parmi les photos qui ont gagné, on a eu le thème de la station service, la solitude de l’hôtel,… On est donc bien de l’action pédagogique : les gens ont compris ce qu’était Hopper et s’interrogent.

'Restaurant', Caroline Paux, lauréate du concours 'Hopper et moi' ©

‘Restaurant’, Caroline Paux, lauréate du concours ‘Hopper et moi’ ©

Au cours de nos échanges, vous avez employé la notion de « marque créative » : qu’entendez-vous par là?

 Une marque qui est capable de risquer pour travailler son image. Comme PMU ou Hermès.

On va prendre l’exemple de PMU, qui a décerné sa Carte blanche photo à Kourtney Roy sur le thème « autoportrait en situation de pari sportif ». Nous venons de terminer un concours avec PMU en faisant un « ricochet visuel » à ce prix. On reste dans le cadre du prix sportif, avec une photographie de main en situation de pari. Cela nous permet de proposer une appropriation par le grand public, et de rendre créative une marque, PMU. Le BAL va proposer une expo avec Kourtney Roy sur un étage, et les photographes amateurs lauréats seront exposés au rez-de-chaussée. Pour PMU, l’objectif est atteint : il s’agit de détourner le regard sur PMU, mais de manière décalée.

a(voir) la main

Sur certaines marques ou labels, tels que les Berges de Seine et Nuits blanches, le concours peut faire de la cartographie d’événements. Le regard du photographe amateur sur un événement culturel est très intéressant. Et cela donne d’ailleurs lieu à des expositions.

Objectif Seine

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes photographes ?

Le bon conseil, ça serait d’avoir partout son appareil photo avec soi. Une bonne photo n’est pas si difficile à faire. En revanche, pour récidiver, il doit se passer quelque chose. Ce conseil se perd avec la multiplication des smartphones : on a tous quelque chose à photographier à portée de main. Et il ne faudrait jamais avoir de réticences à photographier : amateur ou pro.

Mon 2e conseil serait bouger avec son appareil. Je m’explique : les photos de Sergio Larrain par exemple sont très particulières. Il se mettait accroupi, ou avec son appareil photo à bout de bras. Le point de vue est très différent et fait varier le point de vue. Le professionnel sait qu’il peut plier ses jambes pour prendre une photo ! Autre exemple: Cartier-Bresson, avec un petit film en ce moment au Centre Pompidou où on le voit photographier le Nouvel An chinois. On dirait qu’il danse dans la façon qu’il a de se mouvoir avec son appareil photo. Il est partout et ne reste pas fixe. On peut changer son regard sur les choses, aller de bas en haut et travailler sa photo, tout le temps !

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Sébastien APPIOTTI