Entretien avec…Cath.An

Il est de ces coups de coeur artistiques qui nous marquent. Cath. An. en fait assurément partie. Mêlant écriture poétique et photographique, Cath.An. interroge celui qui observe ses prises de vue. Jouant sur l’écho et les signes, la photographe nous invite à reconsidérer l’espace, l’autre, l’intime, le chemin. Il est enfin à noter que Cath. An. est actuellement exposée à la Galerie Artyfact pour l’exposition ESPACE(S), jusqu’au 12 avril.

Quelles connexions établis-tu entre ton écriture photographique, poétique et vidéo ?

Il y a un cheminement naturel. C’est un rapport qui se nourrit les uns des autres. Ce sont des endroits distincts, qui peuvent vivre de manière indépendante selon le projet, mais qui peuvent aussi dialoguer ensemble. Selon le sens qu’ils portent, le lien devient alors curieux et généreux.

Dans toutes mes narrations photographiques, je fais en sorte d’offrir deux entrées de lecture pour le spectateur : soit par le texte soit par les images. Libre à chacun(e) de choisir par quelle porte il désire entrer dans l’histoire… Souvent l’un vient ouvrir un nouvel espace à l’autre, apporter une nouvelle résonance.

Extrait du carnet photographique « De ces moments… »

Extrait du carnet photographique « De ces moments… »

Le rapport entre eux est donc multiple, et je laisse ouvert tous les champs des possibles pour les exprimer et les partager. D’une manière générale mes narrations prennent la forme de carnets, de livres ou d’installations.

Croquis d’étude pour une installation photographique

Croquis d’étude pour une installation photographique

Quant à la vidéo, je m’y suis mise récemment. J’y pensais depuis quelque temps déjà, et là je me lance doucement. Je procède par tâtonnements. L’envie est double : permettre aux mots écrits de vivre en étant lus et entendus, tout comme prolonger ce travail sur l’image en passant de l’image fixe à celle en mouvement. J’explore donc petit à petit ce nouveau médium.

Tes photographies comportent bien souvent un élément perturbateur (grain, taches de lumières, points noirs) : Pourquoi ?

A travers ces éléments perturbateurs comme tu les nommes si joliment, il y a deux choses qui se rencontrent : l’outil photographique et la démarche de l’artiste.

Extrait de la série « La part manquante… » - manipulation volontaire sur le film

Extrait de la série « La part manquante… » – manipulation volontaire sur le film

Ces tâches, bande de la pellicule visible, poussières etc… je les trouve tellement belles. Ces petits « défauts »  sont comme des traces de l’âme du film, tel un apport de l’objet lui-même à l’histoire que je construis. Et puis, de temps en temps je pousse un peu « la perturbation » en allant jusqu’à manipuler le film volontairement (je pense à la série « La part manquante… » notamment).

Extrait de la série « La part manquante… » - manipulation volontaire sur le film

Extrait de la série « La part manquante… » – manipulation volontaire sur le film

 

Comment définirais-tu ta relation au (avec le) noir et blanc ?

Il est vrai qu’une majeure partie de mon travail est réalisée en couleur. Dernièrement, le noir et blanc trouve sa place dans ma démarche. Tout comme je me délie petit à petit du format carré pour tendre vers des formats paysages ou panoramiques, le noir et blanc apparait progressivement dans mes projets en cours. Il y a une autre profondeur de l’intime et une nouvelle lumière qui m’attire particulièrement dans le noir et blanc. C’est une relation qui se construit, et dont pour le moment la série « Lueur nocturne… »  pourrait être la plus représentative.

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Extrait de la série « Lueur nocturne… »

Extraits de la série « Lueur nocturne… »

 

Peux-tu commenter la série ‘Lointain(e)’ pour nos lecteurs ?

Extrait de la série « Lointain(e)»

Extrait de la série « Lointain(e)»

Cette série raconte l’histoire d’un couple dont l’intériorité se bouscule. Lors d’une balade nocturne, ils se retrouvent sur leur lieu d’enfance et ils prennent alors conscience qu’une dislocation est toujours présente dans leur histoire, malgré une attirance toujours aussi forte.
Alors entre espaces intérieur et extérieur, l’écho de l’un et de l’autre résonne au fil de leur pas…

C’est une narration photographique où je me suis mise en danger à deux niveaux : le premier dans le choix du format (j’introduis le paysage avec les carrés) et deuxièmement dans la temporalité de l’histoire (tout se déroule de nuit). Aujourd’hui « Lointain(e)» existe sous forme de livre, et l’histoire est actuellement exposée à la Lab Galerie Artyfact à Paris, sous forme d’installation inédite et réalisée spécialement pour l’occasion.

 

J’ai pu remarquer que tes livres d’auteurs sont édités par la maison d’édition associative GLC : pourquoi avoir opéré un tel choix ?

C’était un choix simple car entièrement humain.

Pour le premier livre, « Le temps de… », Gildas (l’éditeur) a tout de suite été à l’écoute du projet et sur la manière dont je souhaitais que le livre prenne vie. C’est-à-dire un objet petit et intimiste, un livre où texte et photographie dialoguent ensemble. Il a entendu mes envies et c’est tout naturellement que notre collaboration a commencé. Il a tout mis en œuvre pour pouvoir se rapprocher au plus près des intentions que j’avais. Et je l’en remercie.

Pour le second livre, c’est lui qui m’a demandé une histoire qui pourrait entrer dans la collection Tak’It5. C’est ainsi qu’est paru « Lointain(e) » en décembre dernier.

Livre « Lointain(e) » chez GLC éditions - 2013

Livre « Lointain(e) » chez GLC éditions – 2013

Quels conseils aurais-tu pour de jeunes photographes ?

Faites un pas après l’autre. Explorez et trouvez votre endroit.

Faites confiance à vos images et à votre histoire.

N’oubliez pas le sens de votre démarche.

Pour le reste, soyez modeste et ouvert aux belles rencontres humaines.

En savoir plus sur Cath. An:

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GLC éditions

Sébastien APPIOTTI