Festival Circulation(s), la jeune photographie européenne au pouvoir ! (07/02-16/03)

Il régnait comme un air d’euphorie le vendredi 7 février lors de l’inauguration du Festival Circulation(s). Mélange d’italien, de français, d’anglais, de néerlandais, les conversations sont menées bon train, et reflètent cette profusion de regards d’artistes curieux sur notre environnement. Des photographes et des séries qui interrogent à la fois la photographie comme médium et l’Autre, dans sa diversité culturelle.

AFFICHE DEF small HD CIRCU 2014-3

Le festival de la diversité des écritures photographiques européennes

Pour sa 4ème édition, le Festival Circulation(s) dédié à la jeune photographie européenne prend une autre dimension, en s’associant avec le Centquatre. Double défi donc, que de légitimer le festival en le dotant d’un lieu connu et reconnu comme gage de qualité, défi également pour le Centquatre à soutenir et accueillir la jeune création européenne.

Le pari est globalement réussi : 44 photographes ont investi les différents espaces du Cenquatre à travers des séries, thèmes, projections et installations bien à eux. À tous ceux qui doutent de la pertinence de parler d’Europe en 2014, Circulation(s) nous montre que le projet européen est possible en partant de l’humain : faisant appel à nos émotions, allant de l’ironie à la suggestion esthétique de thèmes d’actualité, ces jeunes artistes nous proposent différentes écritures photographiques au service de la diversité.

Festival brassant un large éventail de possibles en photographie, du portrait au paysage en passant par l’architecture, Circulation(s) se veut accessible et gratuit. Accessibilité d’ailleurs renforcée par la présence de nombreux cartels présentant une biographie de chaque photographe et des pistes d’explication pour la série présentée.

Si les espaces investis sont divers, alternant entre intérieur et extérieur, si les séries jouent sur les variations de formats et que les artistes se répondent entre eux dans leur placement au sein du Centquatre, on regrettera toutefois un certain classicisme dans les choix de scénographie. Ces démarches jeunes, expérimentales et plurielles auraient gagné à faire plus de place aux installations innovantes et à des choix plus osés pour mettre en scène des écritures photographiques contemporaines.

Circulation(s), nef Curial, Centquatre-Paris

Circulation(s), nef Curial, Centquatre-Paris

Les coups de cœur de Photophores

La figure de style du coup de cœur est cruelle et arbitraire! Pourtant, parmi les 44 photographes exposés, nous avons souhaité dresser un panorama de ce que nous avons le plus apprécié :

Le collectif Sputnik Photos : ce collectif polonais bénéficie d’un espace à part au sein du Centquatre : le château d’eau. Construite autour d’un escalier montant jusqu’au sommet du château d’eau, la scénographie du collectif est originale et s’approprie de manière judicieuse les espaces exiguës d’exposition.

Sputnik Photos ©,  Jan Brykczynski

Sputnik Photos ©, Jan Brykczynski

La série « Distant Place » est un projet de Sputnik Photos consacré au fleuve Vistule qui traverse Varsovie. Photographies étranges d’un territoire entre-deux, « Distant Place » explore la symbolique des objets et des « marginaux » laissés à l’abandon autour de la Vistule.

Sputnik Photos©,  Adam Panczuk

Sputnik Photos©, Adam Panczuk

Marie Hudelot, « Héritage » : la série, tirée en grand format bénéfice d’un emplacement de choix au sein du Centquatre : la nef Curial. Photographies visibles recto ou verso,  » Héritage  » présente de manière symbolique des portraits de famille reprenant des éléments d’une filiation issue des deux rives de la Méditerranée, entre France et Algérie.

"Héritage" © Marie Hudelot

« Héritage » © Marie Hudelot

Créatifs, parfois décalés mais ayant toujours le sens de l’esthétique, les portraits de Marie Hudelot frappent par leur fluidité et l’émotion qu’ils nous transmettent.

"Héritage" © Marie HUDELOT

« Héritage » © Marie HUDELOT

Massimiliano Gatti, « Lampedusa or the extended desert ». Représenter l’actualité à travers des objets du quotidien, tel est l’objet de la série de Massimiliano Gatti. Ce dernier à choisi de porter un regard esthétisé sur un sujet de société : les migrations de clandestins jusqu’à l’île de Lampedusa, située au sud de la Sicile et à proximité des côtes tunisiennes.

Redonnant de la beauté à des personnes traitées de manière anonyme dans la rubrique drame et faits divers des journaux télévisés, Massimiliano Gatti réenchante ces objets des clandestins, perdus alors qu’ils tentaient d’arriver sur d’île. Des objets comme histoires de ces trajectoires de vie qui s’échouent sur les rives de Lampedusa.

“Lampedusa or the extended desert” © Massimiliano GATTI

“Lampedusa or the extended desert” © Massimiliano GATTI

Przemek Dzienis,  » I can’t speak I’m sorry  » : mises en scène de l’absurde, portraits d’un homme esseulé, pensif, inexpressif, le photographe polonais Przemek Dzienis reflètent une réflexion sur le vide et le silence, à la manière de ses compositions minimales. Ces portraits sont servis par une belle scénographie suspendue, mobile, mettant en valeur ces grands formats, et le cœur de la série : des interactions entre humains déshumanisés et des objets du quotidien usités, tels que la paire de collants ou le morceau de carton.

“I cant speak I’m sorry” © Przemyslaw DZIENIS

“I cant speak I’m sorry” © Przemyslaw DZIENIS

Des photographies qui nous ont d’ailleurs fait penser à Adrian Paci, et à sa série  » Home to go  » :


Home to Go [Un toit à soi], 2001, 
103 x 103 cm Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich
 © Adrian Paci

Home to Go [Un toit à soi], 2001, 
103 x 103 cm Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich
 © Adrian Paci

Magda Hueckel :  » Anima. Images from Africa » : des noirs et blancs maîtrisés au profit d’une série de la magie et du voyage. La photographe tente nous faire pénétrer avec ses clichés dans un univers africain rempli de symboles, questionnant ainsi les thèmes universels de la vie, de la mort et de la renaissance.

Magda Hueckel, Anima, Images from Africa

Magda Hueckel, Anima, Images from Africa

Virginie Plauchut ,  » Sans preuve et sans cadavre  » : S’appuyant sur des témoignages, et alors que la famille est au coeur des débats sociétaux français, cette série choisit de traiter l’inceste de manière photo-textuelle.

Virginie Plauchut ©, Sans Preuve et sans cadavre

Virginie Plauchut ©, Sans Preuve et sans cadavre

Sujet rarement abordé en photographie, la démarche ne laisse pas indifférent. Suggérant l’inceste avec des objets, des situations, plus qu’elle ne le montre, Virginie Plauchut cherche à interpeller le spectateur sur une réalité que l’on tait : on estime à environ 10000 par an les cas d’incestes en France, dont 80% ne sont pas traités par la justice.

Virginie Plauchut ©, Sans Preuve et sans cadavre

Virginie Plauchut ©, Sans Preuve et sans cadavre

Informations pratiques :
Circulation(s), Festival de la jeune photographie européenne
Du 7 février au 16 mars 2014
Du mardi au vendredi : 13h-19h
Week-end : 12h-19h
Le Centquatre – 5, rue Curial. 75019 PARIS
Métro : Riquet ( 7 ), Stalingrad (2, 5 & 7), Marx Dormoy ( 12 ).

www.104.fr
www.festival-circulations.com

Sebastien Appiotti