Entretien avec…Karine Maussière

Photophores a choisi de s’entretenir avec Karine Maussière, artiste photographe marcheuse, résidant à Marseille. Après un passage par l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Marseille et par une école d’architecture, Karine expérimente et affine son rapport à la ville et aux territoires arpentés.

Son utilisation du téléphone en photographie est tout à fait précoce et singulière, et remonte aux premiers photophones dès 2005. La démarche de Karine Maussière est brute et plurielle, alliant à la fois recherche d’un nouveau regard sur la ville et réflexion sur l’artiste dans la cité.

Notons enfin que Karine est exposée à la La(b) Galerie Artyfact (Paris 18e) sur le thème FEMME(S), et ce jusqu’au 15 février.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Quels supports photographiques mobiles utilises-tu? 

moscou300DPI

Moscou 2006 – cours lola cours

2005 marque le début de ma pratique photophonique, avec un Sony Ericsson. En 2006-2007, je concrétise l’utilisation de cet outil avec un tour du monde durant lequel j’ai réalisé les séries ‘ Chambres d’ailleurs ‘ et ‘cours lola cours’.

Mon iPhone est aujourd’hui directement connecté à ma plateforme de blog, qui est un carnet de croquis visuel et me permet de publier directement. L’outil mobile est un prolongement de mon bras et de mon œil. Je peux photographier sans avoir une « arme » dans la main.

On vise sans viser. C’est un outil qui me permet en plus de faire de la vidéo, de la géolocalisation et de la cartographie partagée. C’est un outil complet même si j’utilise peu d’applications. Mes photos sont sans retouche ; j’utilise Super 8 pour la vidéo.

Je travaille depuis peu le sténopé numérique, en travaillant sur le concept du road movie, de la mobilité. La matière qu’il peut me procurer m’intéresse : l’écriture de la lumière sur un support.

Je suis une artiste marcheuse: j’arpente la ville. Je propose des promenades urbaines via la galerie des Grands Bains Douches à Marseille ou avec l’association PCPI sur le territoire de  Fos, principalement dans des zones urbaines à la marge, des sites que le public n’arpente pas par lui même.

km_usinegroupeGR

Repérage GR2013

J’ai été influencée en cela par les écrits de Gilles Clement – Le Tiers Paysage – , mais aussi Hakim Bey, et je m’interroge sur la place de la nature en ville : où est elle ? Quelle est elle ? J’ai un rapport intime à la nature,  pour le bien vivre ensemble, et cela se ressent dans l’énergie de mes photos.

De quelle manière es-tu intervenue pendant les

manifestations liées à Marseille Provence 2013 ? 

Je suis intervenue en collège sur de l’éducation à l’image dans les Bouches du Rhône, autour du GR 2013. Les élèves ont travaillé sur des séries de photos sur les rebus – déchets –  de notre société qu’ils trouvaient. Nous avons construit ce projet avec des photocopies de photos, des formes, des constructions écologiques. Cela a donné de la photographie sérielle, du collage et de la cartographie

extrait

Installation GR2013

À Istres, avec l’association PCPI, nous nous sommes interrogés sur le territoire de Fos, Martigues et l’étang de Berre.  Certains d’entre nous ont participé à la création du GR2013, notamment Denis Moreau et Christophe Galatry.

Les photographies réalisées sur ce territoire sont des polaroids. Collés les uns aux autres ils montrent des friches urbaines. Pour ce travail je me suis servi de l’appli Lo-mob mais aussi d’un vrai pola. Le parcours photographique dessine un petit huit dans Istres comme un clin d’oeil au grand 8 du GR2013.

kM-portraitGR

Repérage GR2013

Littoralités, Marseille: Le livre est-il un objet d’art

appartenant à ta démarche photographique ?

Littoralités, Marseille  est un livre d’artiste, constitué de polaroïds avec du texte en décalcomanie, posé lettre par lettre. Ce geste répété rejoint la marche et la méditation.

IMG_9763

Un carnet de photos, Littoralités, Marseille

Je suis née à Montpellier. Je m’interroge souvent dans mes photographies sur « qu’est-ce qu’être méditerranéen? ». Il y a une différence entre les deux rives à interroger : une proximité mais des  histoires différentes.

Littoralités_MarseilleB

Un carnet de photos, Littoralités, Marseille

C’est un territoire qui m’interpelle : bleu chez nous, blanc pour les méditerranéens du sud. La mer est un trait d’union.

Dans le cadre du festival Image de Ville –exposition Villes en Méditerranée– à la Fontaine obscure à Aix-en-Provence, nos regards d’artistes sur la Méditerranée ont été très divers : les miennes avaient une ‘dominante’ bleue. Celles d’Annakarin Quinto par exemple,  rouges.

00_chezdd

chez dédé, Littoralités, Marseille

‘ Vert menthe à l’eau, une saison @yeswecamp ‘ :

Peux-tu nous parler du projet et de sa démarche? 

Lors de cette invitation en résidence, j’ai pu dormir pendant 15 jours sur site : yes we camp est le camping alternatif et expérimental du Off de Marseille 2013, mêlant écologie urbaine et architecture performative, avec un site d’implantation sur le quai de la Lave. J’y ai été bénévole pour la végétalisation.

C’est un projet qui pour moi s’inscrit dans la lignée de ‘ Chambres d’ailleurs ‘, où j’ai photographié les chambres où je dormais lors de mon tour du monde en 2006-2007.

Ce sont des photos d’intérieur, de l’intime, accompagnées de texte. Je voulais voir ce qui venait à moi par l’écriture. Mes textes sont anecdotiques et poétiques, avec une écriture en notes de musique. C’est une sorte d’invitation au voyage où le son est omniprésent.

rouillee

vert menthe à l’eau, une saison@yeswecamp

Ce que j’observe d’ailleurs depuis plusieurs années à Marseille, c’est une appropriation des rues par les artistes. C’est un contrepoids à la technologie, et un créateur de lien social. Les artistes ont besoin de pratiquer la ville, le rapport ville/nature et de se rapprocher de penseurs comme Pierre Rabhi. Il y a une « mode » de l’écologie.

Le terrain vague, la friche, la dent creuse sont des éléments que je cherche. Ce sont des terrains de jeu, des terrains en devenir, des terrains où la biodiversité a repris tous ces droits. Ils me procurent des émotions et me font espérer : un autre monde, meilleur…

fleurorange

vert menthe à l’eau, une saison@yeswecamp

Tu es également co-créatrice d’une revue numérique

s’intitulant Bruit brut: Quel est son positionnement ?

-1

Le titre rassemble le « bruit » de la photographie numérique et le « brut » de l’argentique. Bruit brut est téléchargeable gratuitement sur www.macrosonges.org , et est réalisée avec Julie Menuet Le Her pour le graphisme et Lionel Broye, artiste enseignement.

Pour cette revue, je fais essentiellement de la curation et de l’éditorial. Nous avons choisi un support numérique de lecture pour être dans une démarche d’expérimentation non-marchande. La revue numérique permet le geste tactile : on peut ainsi  zoomer sur la photo. Nous réfléchissons aussi à inclure de la vidéo.

Les règles sont simples : trois images par auteur autour d’un thème : Fos,  paysages / villes méditerranéennes, Marseille, le vide dans le paysage,…

Quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes photographes ?

01_prado_famillepicnic

l’enfant, Littoralités, Marseille

Ce n’est pas l’outil qui fait le photographe. La preuve en est que l’on ne me prenait pas au sérieux avec le photophone. Aujourd’hui peut être un peu plus !

En savoir plus sur Karine Maussière: 

Site web

Blog Kalucine

Sébastien Appiotti