Entretien avec… Marion Hislen / Fetart

Soutien de la jeune photographie européenne: c’est ainsi que se présente l’association Fetart sur son site internet. Créée et présidée depuis 2005 par Marion Hislen, Fetart est notamment connue auprès du grand public et du champ photographique grâce à son Festival Circulation(s), dont la 4eme édition aura lieu au Centquatre à partir du 7 février 2014.

A cette occasion, Photophores tenait à signaler -et à soutenir- l’appel à don lancé sur KissKissBankBank pour l’édition du catalogue du Festival Circulation(s).

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Fetart est une association culturelle créée en 2005. Quel était son l’objectif de départ et en quoi a t-il évolué ?

Notre finalité a peu évolué par rapport à l’historique et aux débuts de l’association. En 2005, notre première exposition était : ‘20 jeunes photographes d’aujourd’hui’.

Puis en 2008, nous nous sommes ouverts à et sur l’Europe. Nous avons souhaité interrogé l’identité européenne à travers les jeunes artistes photographes, et monter un événement autour de l’Europe des jeunes photographes : Circulation(s).

Circulation(s) 2013

Circulation(s) 2013

Circulation(s), c’est montrer l’idée de mouvement et d’échange. Un photographe est désormais européen : il doit raisonner à une autre échelle et faire circuler son image.

Circulation(s) 2012

Circulation(s) 2012

A qui s’adresse l’association :

Photographes / Acteurs de la photographie/ Grand public ? 

Elle s’adresse à ces trois catégories. Pour les jeunes artistes, elle leur offre une réelle opportunité de se faire découvrir. Le rôle de l’attaché de presse est primordial : il s’agit de travailler sur la publication pour être repéré.

Nous ciblons plutôt les professionnels qui peuvent se permettre de faire travailler les jeunes artistes: galerie, agents, iconographes. Le grand public concrétise nos valeurs associatives, et notamment la gratuité.

A travers cette dernière, on part du principe que tout le monde peut avoir accès à une exposition. Alors que nous vivons entourés et saturés d’images, que certaines expositions d’art contemporain sont obscures, nous proposons par exemple des cartels explicatifs pour défendre une vision de la photographie.

La photographie est un métier et une formation que l’on défend. Notre choix artistique, notamment au festival Circulation(s) est de montrer la diversité de la photographie au travers de regards et de formes différentes -le portrait, le noir et blanc, l’anecdotique,…-

"Sun City Poms" © Todd ANTONY / Circulation(s) 2014

« Sun City Poms » © Todd ANTONY / Circulation(s) 2014

Fetart se présente comme « Tremplin de jeune photographie » : De quelle façon ?

1200 dossiers ont été déposés pour l’édition 2014 de Circulation(s). Nous faisons tout particulièrement attention au CV : il faut ne jamais avoir exposé à Paris, et pour les étrangers, ne pas avoir eu d’exposition en France.

Fetart est une structure à fort potentiel: il s’agit d’être découvreur. Dans la longueur, le danger serait de s’institutionnaliser. Nous avons souhaité garder le statut de découvreur avec une voie non rentable : l’association.

La prise de risque ne peut aujourd’hui se faire que par des structures très institutionnalisées, comme le FRAC -Fond Régional d’Art Contemporain-, ou une structure associative comme Fetart. L’exposition est une opportunité: celle de nouveaux regards pour le milieu institutionnel et les iconographes.

Nous effectuons auprès des photographes un travail pédagogique : un « coup de pouce ». On les oblige à faire un book, à produire un texte sur leur travail, à choisir leurs images, le papier, les formats. Lors de nos lectures de portfolio, ils sont prioritaires avec les professionnels.

“I cant speak I’m sorry” © Przemyslaw DZIENIS  Circulation(s) 2014

“I cant speak I’m sorry” © Przemyslaw DZIENIS
Circulation(s) 2014

Comment concilier votre statut associatif avec les exigences du marché de l’art ?

Nous n’avons aucun rapport avec le marché. Je ne peux que constater l’hermétisme des cercles de la photographie, des bulles qui ne dialoguent pas entre elles. Hormis à Arles, il n’y a aucun moment où le monde de la photographie se retrouve.

Le marché de l’art vieillit, et le relai est plutôt pris par les privés -mécénat-, plus que par la puissance publique.

“A Room of one’s own” © Erica NYHOLM / Circulation(s) 2014

“A Room of one’s own” © Erica NYHOLM / Circulation(s) 2014

Quel est votre réseau partenaire à l’échelle française et européenne ?

Nous sommes essentiellement en lien avec des écoles et des festivals à l’étranger. Par exemple avec l’Institut Français, avec qui nous avons un projet de réseau d’expositions.

"Le corps vécu" © Marlous VAN DER SLOOT / Circulation(s) 2014

« Le corps vécu » © Marlous VAN DER SLOOT / Circulation(s) 2014

Le Festival Circulation(s) : Quelles sont les nouveautés au programme pour cette édition 2014 ?

Le Festival Circulation(s) se déroulera du 7 février au 16 mars 2014, avec un énorme changement : le lieu. Cette édition sera accueillie par le Centquatre et cela peut changer beaucoup de choses pour nous. Par exemple, le jeu de scénographie sera plus important.

Avec le Centquatre, notre positionnement s’affirme: le festival est soutenu par une structure qui a une direction artistique, de la communication. L’institution 104 est une marque et une garantie de qualité, surtout à l’étranger.

Les dates -7 février-16 mars- sont un choix: celui de la contre-programmation. Nous prenons la parole à un moment  d’actualité plutôt calme : après les foires du Mois de la Photographie en novembre, et avant les festivals, Arles,…

La sélection est très bonne, et moins triste que 2013.  Elle est également plus diverse, avec quelques sujets d’actualités traités avec un regard plasticien. Une nouveauté également: la présence d’un workshop.

Nous avons aussi conclu un partenariat avec la RATP: dans neuf stations,  des emplacements 4×3 seront remplacés par de la photographie.

“Lampedusa or the extended desert” © Massimiliano GATTI / Circulation(s) 2014

“Lampedusa or the extended desert” © Massimiliano GATTI / Circulation(s) 2014

Quel rapport entretenez-vous avec la photographie ?

L’avantage de la photographie, c’est d’être un art qui permet d’avoir des clés de compréhension. C’est un art pluriel: on peut être touché par la beauté, un sujet,…

Tout cela me parle, car c’est selon moi l’art le plus proche de la vie. Celui qui permet de comprendre des engagements, de voyager, de voir de la beauté. L’architecture me provoque d’ailleurs le même effet que la photographie.

A Photoquai par exemple, j’ai pu voir des sujets de société et des sourires. Tout une palette d’émotions : les sentiments de la vie via la photographie.

En cela, c’est peut être un art plus simple et plus accessible.

"Héritage" © Marie Hudelot

« Héritage » © Marie Hudelot / Circulation(s) 2014

Quels conseils auriez-vous à donner aux jeunes photographes ?

De montrer leur travail le plus possible, de participer aux appels aux candidatures, de réitérer, d’accepter de ne pas plaire à tout le monde, et heureusement. Car il n’y a pas de bon goût ou un seul goût.

Il faut également écouter les conseils des professionnels, aller dans des festivals, faire des lectures de portfolio. Ces lectures permettent de créer un contact avec l’artiste, c’est un moment important de rencontre et de découverte de talents.

Il s’agit de comprendre le mécanisme du marché de la photo et de positionner son travail. Enfin, tenter le plus possible et ne pas nier la diversité des opportunités: je suis partisan du faire !

En savoir plus sur Fetart: 

Site de l’association

Festival Circulation(s)

Sébastien Appiotti