Kanak, Denis Rouvre (Helene Bailly Gallery)

Plus que quelques jours pour découvrir la nouvelle série du photographe Denis Rouvre, mise en avant par la galerie Hélène Bailly ( 38, rue de Seine. Paris 6eme). Jusqu’au 23/11 et à l’occasion du Festival Photo Saint Germain des Prés, ‘KANAK’ se laisse découvrir au gré des portraits et des regards captés par Denis Rouvre.

Ce dernier nous présente des images issues de trois semaines en Nouvelle Calédonie, dont quinze dans les tribus. Entre regard esthétisé sur la tribu et photographie anthropologique, Denis Rouvre s’est concentré sur les expressions du corps et des visages de pêcheurs, guerriers,…

Agathe Nonmeu 2013 108 x 108 cm Tirage pigmentaire Edition de 10

Agathe Nonmeu
2013
108 x 108 cm
Tirage pigmentaire
Edition de 10

Une réflexion sur notre regard porté sur l’Autre est indissociable de l’exposition ‘ Kanak, l’Art est une parole ‘ , située au sein du Musée du Quai Branly jusqu’au 26 janvier prochain.

Jean-Marie Nemba  2013 108 x 108 cm Tirage pigmentaire Edition de 10

Jean-Marie Nemba
2013
108 x 108 cm
Tirage pigmentaire
Edition de 10

Un travail dont nous apprécié la finesse du rendu, une poétique de l’ombre, et une interrogation permanente du regard. Un regard d’ailleurs pourtant si proche. Dans cette optique, nous ne résistons pas au plaisir de vous communiquer le texte ‘Kanak’ de Natacha Wolinski, retranscrivant avec la force des mots notre ressenti visuel:

Simon Lolopo 2013 108 x 108 cm Tirage pigmentaire Edition de 10

Simon Lolopo
2013
108 x 108 cm
Tirage pigmentaire
Edition de 10

 

L’art de la guerre commence avec l’affirmation d’un regard. Résister, c’est ne pas baisser les yeux. Depuis l’autre bout du monde,
depuis l’autre bout de la France, depuis la commune de Canala,
à trente kilomètres au nord de Nouméa, Toawani Tonchane, Basile Kaitchou, Toawani Moasadi, Franck Tomedi, Ezekia Diake nous regardent dans les yeux. Ils se présentent face à l’objectif du photographe. Ils se présentent face à nous. On ne voit pas leurs corps mais on les devine fichés en terre, ancrés dans un sol dont jamais on ne pourra les déraciner. Ils sont fils et filles de la terre kanak. Ils sont de la tribu des irréductibles, de Gelima, de Nonhoué, de Nakety, de Neho… Leurs visages ont les couleurs de l’argile séché et du bois. Leurs cheveux sont de broussailles. Ce sont des hommes et des femmes paysages. La lumière du photographe accuse les reliefs et les aspérités de leurs gueules rudes de pêcheurs, d’agriculteurs, de soutiers de la mine. Elle épouse le grain et les sillons de la peau. Elle prend acte du voltage intense des pupilles. Il y a de l’arrogance dans ces prunelles chargées au noir. Des braises de tristesse aussi. Une larme d’amertume. Le noir de la violence et des exploits indépendantistes est passé, mais ces regards portent encore le flambeau d’une inflexible insularité. Ces hommes et ces femmes sont les fils et les filles d’un monde révolu qu’ils s’acharnent à faire perdurer. lIs vivent à cheval entre le passé et le présent, chevaliers d’un monde coutumier qui les a vus naître, et qui, avant eux, a vu naître leurs aînés, leurs ancêtres, leur dieux familiers. Ils s’accrochent à la tradition sans être assurés de pouvoir toujours la préserver. La brutalité de leurs traits corrobore la brutalité de la vie et de l’histoire. Les vieux sont fracassés. Les jeunes sont revendicatifs. Les valeurs des uns ne coïncident plus forcément avec celles des autres. Ils sont de Canala et d’outremer. Ils sont rebelles et vaincus. Héros et renégats. Solidaires et claniques. Enracinés et sans repères. Ils nous regardent depuis les lointains. Nous les voyons pour la première fois.

En savoir plus: 

Gallerie Helene Bailly 

38, rue de Seine. Paris 6eme

Jusqu’au 23/11 

Sébastien Appiotti