Jeu De Paume: Erwin Blumenfeld / Natacha Nisic (15/10 – 26/01)

Du 15 octobre au 26 Janvier 2014, le Jeu de Paume présente dans ses galeries deux visions de l’image: Erwin Blumenfeld et Natacha Nisic.

Un regard sur deux propositions que nous avons souhaité personnel, afin de mieux laisser place à l’analyse de cette nouvelle séquence proposée par le Jeu de Paume.

Erwin Blumenfeld, ‘Photographies, dessins et photomontages’: un artiste total?  

Comment résumer l’apport d’Erwin Blumenfeld à la photographie?

Erwin Blumenfeld, c’est avant tout plusieurs vies artistiques doublées d’une créativité sans bornes au service d’une recherche formelle exigeante.

Audrey Hepburn New York, années 1950 Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque. Collection particulière, Suisse. © The Estate of Erwin Blumenfeld

Audrey Hepburn
New York, années 1950
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.
Collection particulière, Suisse.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

La rétrospective proposée par le Jeu de Paume offre en préambule les dessins d’Erwin Blumenfeld: dadaïstes puis cubistes, ceux-ci préfigurent ce qui caractérisera l’art photographique de l’artiste: une réinvention des codes photographiques, une esthétique de l’expérimentation et de l’abolition des frontières de ce que l’on croyait être possible en matière d’image fixe. Ses photomontages sont sans doute la meilleure illustration de cette recherche vers une « nouvelle photographie ».

D’un genre nouveau, ses portraits et ses nus se caractérisent par une déconstruction systématique de l’objet photographié. Surréalisme de l’image, portraits solarisés, autoportraits récréatifs, nus déformés, Erwin Blumenfeld explore, provoque le conflit pour mieux reconfigurer les codes de la photographie.

Cecil Beaton 1946 Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque. Collection particulière, Suisse. © The Estate of Erwin Blumenfeld

Cecil Beaton
1946
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.
Collection particulière, Suisse.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Ses nus sont par exemple des surfaces sur lesquelles il fait vagabonder son imaginaire, en découpant, somatisant, créant des abstractions mises en tension par des jeux d’ombres et de lumières.

Voile mouillé Paris, 1937 Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque. Collection particulière, Suisse. © The Estate of Erwin Blumenfeld

Voile mouillé
Paris, 1937
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.
Collection particulière, Suisse.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Plus connu en tant que photographe de mode, avec ses couvertures pour les prestigieux magazines Vogue ou Harper’s Bazaar, Erwin Blumenfeld est présenté dans la section « Mode » de l’exposition comme un maître de la couleur et des mises en scène au service de codes vestimentaires en profond renouvellement: explosions graphiques, créativité autour de la femme et du vêtement, le photographe manie habilement son amour de l’expérimentation et les normes visuelles en vigueur dans la presse de mode.

Robe verte, 1946. Impression jet d'encre sur papier Canson baryta, tirage posthume (2013). Collection Henry Blumenfeld © The Estate of Erwin Blumenfeld

Robe verte, 1946. Impression jet d’encre sur papier Canson baryta, tirage posthume (2013). Collection Henry Blumenfeld © The Estate of Erwin Blumenfeld

Variante de la photographie parue dans Life Magazine et intitulée "The Picasso Girl" [La jeune femme Picasso] (modèle : Lisette) vers 1941-1942 Impression jet d’encre sur papier Canson baryta, tirage posthume (2012). Collection Henry Blumenfeld. © The Estate of Erwin Blumenfeld

Variante de la photographie parue dans Life Magazine et intitulée « The Picasso Girl » [La jeune femme Picasso]
(modèle : Lisette) vers 1941-1942
Impression jet d’encre sur papier Canson baryta, tirage posthume (2012).
Collection Henry Blumenfeld.
© The Estate of Erwin Blumenfeld

Natacha Nisic, Echo: Réflexion(s) sur le statut de l’image 

Artiste contemporaine, Natacha Nisic est lauréate de la Villa Kukoyama en 2001 et de la Villa Médicis en 2007. Véritable orfèvre des supports, elle manie aussi bien le 16 mm que le super-8, le dessin.

Ni tout fait image en mouvement, et certainement pas image fixe, les propositions de Natacha Nisic nous proposent une série de réflexion(s) sur le statut de l’image contemporaine.

Lors de notre déambulation dans ce cocon intime et sombre créé autour des oeuvres de Natacha Nisic, plusieurs questions nous sont venues à l’esprit:

Comment représenter une image? Comment la scénographier: installation, présentation ‘muséale’ fixe, flux vidéo?

Cette instabilité face à la catégorisation des objets artistiques auxquels nous sommes confrontés s’explique en partie par la poétique de l’entre-deux développée par Natacha Nisic. Marta Gili, directrice du Jeu de Paume et commissaire résume en quelques mots cette esthétique:

 « Dans son cas particulier, l’oeuvre de Nisic explore d’une part les paradoxes de la croyance, de la peur de l’inconnu ou de la réversibilité / irréversibilité de la perception. «  

Dans le cadre de cet article, nous avons choisi de nous concentrer sur les deux créations de Natacha Nisic réalisées pour le Jeu de Paume: Andrea en conversation et f* .

Andrea en conversation 2013 Natacha Nisic Installation, 9 vidéos HD, couleur, son, env. 10 min chaque. Production : Jeu de Paume, Seconde Vague Productions. Avec le soutien de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques. Courtesy Galerie Florent Tosin, Berlin. © Natacha Nisic 2013

Andrea en conversation
2013
Natacha Nisic
Installation, 9 vidéos HD, couleur, son, env. 10 min chaque.
Production : Jeu de Paume, Seconde Vague Productions.
Avec le soutien de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques.
Courtesy Galerie Florent Tosin, Berlin.
© Natacha Nisic 2013

De croyances, il est donc question dans la première partie de l’exposition: véritable ode au symbole et au rituel, l’installation Andrea en conversation nous a particulièrement séduit dans sa scénographie. Ilots de coussins et d’écrans plats, le spectateur se plait à (ré)investir les lieux, autour d’images circulantes et improbables: Andra Kalff, chamane-bavaroise (sic) depuis 2007, et Norbert Weber, missionnaire bénédiction bavarois à l’origine des premières images cinématographiques de la Corée.

La seconde création, f* est un écho à Fukushima, et une réponse à une précédente proposition – e*- liée au tremblement de terre qui a touché le nord du Japon en 2008.

e 2009 Natacha Nisic Installation, 3 projections vidéo HD, couleur, son 5.1, 19 min chaque. Collection Fonds régional d’art contemporain Bretagne. © Natacha Nisic 2013

e
2009
Natacha Nisic
Installation, 3 projections vidéo HD, couleur, son 5.1, 19 min chaque.
Collection Fonds régional d’art contemporain Bretagne.
© Natacha Nisic 2013

f* est un voyage de l’artiste sur les lieux de la catastrophe nucléaire. Exploration des paysages et des êtres, le dispositif de captation se compose d’un travelling de 25 mètres et de miroirs verticaux de 30 centimètres de large, permettant de capturer différentes facettes du réel: champ / contrechamp , avant/après. Image mobile se contruisant sous nos yeux, f* propose un regard particulier sur Fukushima: un ressenti au ralenti, une esthétique de l’immobile et de l’immuable, comme pour mieux trancher avec cet invisible pourtant omniprésent: le nucléaire. Une menace qui irradie l’oeuvre de Natacha Nisic, objet hybride: « L’image porte en elle sa propre contradiction » décrit l’artiste à propos de son travail.

f 2013 Natacha Nisic Projection vidéo HD, couleur, son, 20 min. Production : Jeu de Paume, Paris. Courtesy Galerie Florent Tosin, Berlin. © Natacha Nisic 2013

f
2013
Natacha Nisic
Projection vidéo HD, couleur, son, 20 min.
Production : Jeu de Paume, Paris.
Courtesy Galerie Florent Tosin, Berlin.
© Natacha Nisic 2013

Contradiction de la forme et de l’informe, contradictions d’une image contemporaine à la recherche d’un statut?

f 2013 Natacha Nisic Projection vidéo HD, couleur, son, 20 min. Production : Jeu de Paume, Paris. Courtesy Galerie Florent Tosin, Berlin. © Natacha Nisic 2013

f
2013
Natacha Nisic
Projection vidéo HD, couleur, son, 20 min.
Production : Jeu de Paume, Paris.
Courtesy Galerie Florent Tosin, Berlin.
© Natacha Nisic 2013

Informations pratiques:

Jeu de Paume- 1, place de la Concorde. Paris 8E

Mardi: 11h-21h. Mercredi-dimanche: 11h-19h.

Métro : Concorde -lignes 1, 8, 12-
Bus : 24, 42, 72, 73, 84, 94

>> En savoir plus sur les activités du Jeu de Paume

Sébastien Appiotti