Entretien avec…Cédric Blanchon (2/2)

Deuxième acte consacré à notre entretien avec Cédric Blanchon. Un questionnement pour entrer plus en profondeur dans les rouages de la démarche artistique du photographe:

Qu’explores-tu à travers tes mises en scène d’autoportrait ?

J’adore faire des selfportraits : il faut à chaque fois se renouveler, et cela oblige vraiment à proposer des créations originales.

Les masques, par exemple représentent le côté sombre et mystérieux du visage. 

'The sick portrait', Cédric Blanchon ©

‘The sick portrait’, Cédric Blanchon ©

Peut être ai-je aussi un problème avec mon image : on est tous d’une certains manière voyeur et exhibitionniste, sinon on ne serait pas sur les réseaux sociaux.  On veut montrer notre travail photographique ; moi je montre aussi mon visage, parfois mon corps : j’essaye alors de le montrer autrement et de rester cohérent avec mon univers.

'Noir', Cédric Blanchon ©

‘Noir’, Cédric Blanchon ©

 

Peux-tu nous expliquer ta série « Corporation »?

Cette série cherche à rendre hommage à K.Dick, Kafka, Cronenberg et Lynch via la photographie.

Tout a commencé avec une vieille télévision cassée que j’ai trouvé au pied d’une poubelle. Quand je l’ai vue, j’ai toute de suite eu une idée de mise en scène.

'Votre nouvel oeil sera bientôt prêt', Cédric Blanchon ©

‘Votre nouvel oeil sera bientôt prêt’, Cédric Blanchon ©

Cédric Blanchon ©, "besoin de vacances? Vous aussi partez dans des endroits paradisiaques, branchez votre neurotransmetteur sur vos yeux et à vous la plage, la mer, les filles, ceci était un message du ministère du tourisme de la corporation"

Cédric Blanchon ©, « besoin de vacances? Vous aussi partez dans des endroits paradisiaques, branchez votre neurotransmetteur sur vos yeux et à vous la plage, la mer, les filles, ceci était un message du ministère du tourisme de la corporation »

Pour cette série au début je voulais un rendu avec la patine du film Eraserhead de David Lynch : un noir et blanc très contrasté, une ambiance délétère.

J’ai utilisé Kitcam pour avoir un noir et blanc granuleux et sale et cela collait avec l’univers post-apocalyptique de ce que je souhaitais produire. Après cette première photographie, d’autres idées me sont venues.

J’ai choisi d’explorer l’univers d’une société post apocalyptique, où les tuyaux organiques sont omniprésents, où les souvenirs sont vendus et autres réjouissances de ce genre comme l’hologramme sexuel qui permet de donner son sperme

Cédric Blanchon ©, "The organic pipe, vous aussi donnez votre sperme a la corporation, repeuplez la terre! Ceci est un message du ministère de la famille de la corporation."

Cédric Blanchon ©, « The organic pipe, vous aussi donnez votre sperme a la corporation, repeuplez la terre! Ceci est un message du ministère de la famille de la corporation. »

J’ai construit les images avec les textes, à la manière de publicité de films tels que Robocop ou Starship Troopers.

'Avant de mourir, pendez à vous cloner', Cédric Blanchon ©

‘Avant de mourir, pendez à vous cloner’, Cédric Blanchon ©

 

Ta photographie « I want to be popular, please follow me » interroge les usages des réseaux sociaux photographiques et une certaine quête de reconnaissance et de popularité: quelle est ton analyse d’après ta photographie et ton expérience?

'I want to be popular, please follow me', Cédric Blanchon ©

‘I want to be popular, please follow me’, Cédric Blanchon ©

Cette photo est une réponse a tout les spams – faux comptes-  qui pullulent sur Instagram ou Eeyem.

Je me suis imaginé à quoi pouvait ressembler ces ghost  followers. On ne les entend pas, d’où la fermeture éclair ; les réseaux sociaux sortent de leurs têtes.

On vit dans une société où les réseaux sociaux sont devenus une entité à part entière pour certains : c’est notre mère, notre ami , on poste une photographie, on « like », on s’exhibe , on veut tous une certaine reconnaissance, on a soif de popularité.

On veut être aimé, et cela donne des résultats plus ou moins cohérents au niveau de la photo. Mon expérience des réseaux sociaux est plutôt positive : j’ai rencontré des personnes dans le réel autour de la photographie, et c’est le plus important : voir en vrai les gens avec qui on échange derrière nos écrans.

Aurais-tu un conseil à donner aux nouveaux photographes (mobiles) ?

Faire ce que vous aimez et y aller à fond, ne pas se soucier de la popularité de sa photographie mais de créer. Créer pour soi tout d’abord, arrêter de vouloir plaire à tout le monde…et le plus important : lire mon interview !

Sébastien Appiotti