Entretien avec…Cédric Blanchon (1/2)

Pour son premier anniversaire, Photophores a décidé de consacrer un Grand Format à un photographe mobile atypique: Cédric Blanchon. Fruits d’une créativité sans bornes, ses photographies repoussent les limites de ce que l’on croyait possible et réalisable avec un smartphone. Storytelling de l’image, maîtrise de la retouche et des outils mobiles, Cédric Blanchon est aujourd’hui reconnu internationalement pour son style si particulier, et ses histoires, contées et racontées.

Un Grand Format que nous avons voulu en deux actes, pour laisser place aux mots et aux images de Cédric.

Quel supports photographiques et quels logiciels de post-traitement (Apps) utilises-tu ?

Je suis ce que l’on appelle un pur iphoneographer –iphotographe- dans le sens où je n’utilise que mon iPhone et j’édite sur celui ci.

Je n’ai pas le même rapport à la photo que d’autres, qui ont pu approcher la photographie avec de vieux appareils , développaient ensuite leur tirage dans une chambre noire.

J’utilise principalement l’application Blender ou Juxtaposer pour toutes mes photos avec effets et retouches.

'Lost yourself in my mind', Cédric Blanchon

‘Hello world’, Cédric Blanchon©

 

Pour le noir et blanc j’utilise Noir, Snapseed pour le réglages de base. Hipstamatic est une de mes applications préférées  aussi même si Oggl a depuis changé beaucoup de choses.

'Hello world', Cédric Blanchon ©

‘Smoky portrait’, Cédric Blanchon ©

J’ai également redécouvert Kitcam et apprécie les effets de Glaze, Afterlight, Phototoaster, Cameramatic ou Spacepaint.

'Rough', Cédric Blanchon ©

‘Follow me’, Cédric Blanchon ©

 

Que t’apporte la photographie mobile dans ta démarche créative et expérimentale?

La mobilité avant tout : c’est petit, puissant. On l’emmène partout et tout le temps, on retouche directement sur le support.

Pour moi, la photographie mobile c’est comme avoir un appareil photo, une chambre noire et des logiciels réunis dans sa poche. Lorsque j’ai découvert la photographie mobile, j’ai été admiratif du résultat que certains iphotographes réussissent à obtenir: cela m’a ouvert l’esprit.

J’ai une imagination débordante : j’ai vraiment eu besoin d’exprimer des choses avec une esthétique bien particulière. La photographie mobile m’a ouvert les yeux et la voie, en me disant que tout était possible et que seul le manque d’imagination serait un frein.

Quand je commence à faire une photo, un self portrait par exemple, j’ai souvent d’autres idées qui me viennent à l’esprit. Ce qui à la base ne devait être qu’une photo peut vite se transformer en série, comme pour cette photo.

'Follow me', Cédric Blanchon ©

Cédric Blanchon ©, ‘Besoin de vacances? Vous aussi partez dans des endroits paradisiaques, branchez votre neurotransmetteur sur vos yeux et à vous la plage, la mer, les filles, ceci était un message du ministère du tourisme de la corporation’

La série du Brainwasher , allégorie de la télé et ses dangers , le brainwasher qui se trouve derrière le miroir représente la télévision et chaque photo avec son titre parle de la dépendance de certains à la télévision. Sans la mobilité de mon appareil cela n’aurait pas été possible, j’ai pris les photos de cette série quasiment les unes derrière les autres en les retouchant : cela m’a permis de voir instantanément ce qui marchait ou pas : c’est l’une des forces créatives de la photo mobile.

De quoi est constitué ton imaginaire créatif? De quoi le nourris-tu ?

Je suis avant tout un passionné de cinéma et cela depuis tout petit.

Les quartiers interdits de Jean-Pierre Dionnet, La Dernière séance, les Jeudi de l’angoisse , le Ciné club, les vidéo clubs aussi. Quand tout jeune, vous regardez Psychose d’Hitchcock seul dans le noir, forcément cela marque ! Si on analyse mes photos, j’essaye bien souvent de raconter une histoire, un storytelling que ce soit par le titre et par l’image.

C’est pour cela que j’aime beaucoup faire des séries et explorer l’univers de la photo et du concept que j’ai en tête. De nombreux univers et cinéastes m’inspirent : David Cronenberg notamment. J’ai réalisé une série, The new videodrome inspiré par son film.

'Banana porno 3D', Cédric Blanchon ©

‘Fascinating violence’, Cédric Blanchon ©

'Fascinating violence', Cédric Blanchon ©

‘Do you like violence Alex?’, Cédric Blanchon ©

Des cinéastes comme David Lynch , Stanley Kubrick, Andreï Tarkovski, Takeshi Kitano, Brian De Palma, tant par les thèmes, que la musique ou la mise en scène. J’essaye de ne pas les copier stérilement mais de revisiter leurs univers et esthétiques

'Do you like violence Alex', Cédric Blanchon ©

‘Too fast’, Cédric Blanchon ©

Je suis également un grand amateur des Monty Python. J’adore les dessins de Claude Serre, l’humour noir, le surréalisme, les photos de rue de Robert Doisneau ; la littérature avec Philip K. Dick, Kafka, Bret Easton Ellis.

'Too fast', Cédric Blanchon ©

‘La chasse est ouverte’, Cédric Blanchon ©

Toutes ces références me nourrissent continuellement. Ajoutez par dessus la musique des Daft Punk , Rage against the machine, et vous obtiendrez une partie des clefs de mon univers.

Photophores a pu noter ton appétit pour les silhouettes et les ombres. Pourquoi?

Les ombres et les silhouettes m’ont toujours attiré, sans doute pour le côté mystérieux et inquiétant, voire poétique qui s’en dégagent.

'L'homme qui n'aimait pas la pluie', Cédric Blanchon ©

‘L’homme qui n’aimait pas la pluie’, Cédric Blanchon ©

'Quand la ville dort', Cédric Blanchon ©

‘Quand la ville dort’, Cédric Blanchon ©

J’en ajoute souvent après avoir pris la photo. Les personnages esseulés me plaisent également : cela nous ramène à notre condition humaine.

'Fahrenheit', Cédric Blanchon ©

‘Fahrenheit’, Cédric Blanchon ©

 

La suite de ce Grand Format consacré à Cédric Blanchon dès demain dans Photophores.

Sébastien Appiotti