Entretien avec…Galerie Artyfact / Paris : Laboratoire de pratiques photographiques?

Photophores continue son exploration des acteurs qui font la photographie avec une visite de « La(b) Galerie Artyfact »  située dans le XVIII° arrondissement de Paris, non loin du BAL, dans ce que l’on peut appeler le nouveau quartier de l’image parisien.

Artyfact est né de la rencontre de trois femmes: Carine Burkel, Gaëlle Abravanel -commissaire d’exposition- et Vanessa Fumey. Proposer une autre vision de la galerie, varier les supports exposés, proposer des installations parmi les photographies: telles sont les ambitions de la Galerie laboratoire Artyfact.

Carine Burkel et Gaëlle Abravanel ont accepté de répondre aux quelques questions de Photophores. Des regards croisés sur la relation de l’artiste et du public à la galerie, des regards croisés sur ce qu’est aujourd’hui la photographie.

NB: L’ensemble des visuels de cet article est issu de photographies actuellement exposées dans la galerie, thématique « Voyage(s) ». 

" Monades Urbaine", Alexandre Dupeyron ©

 » Monades Urbaine », Alexandre Dupeyron ©

Qu’est-ce qui différencie la Galerie Artyfact d’une galerie « classique » ?

Il s’agit avant tout d’une galerie laboratoire, où le travail avec l’artiste est au cœur. Nous sommes par ailleurs en relation binomiale avec le lieu où la galerie s’est installée – un ancien garage Renault-, et le thème de chaque exposition.

Nous avons souhaité faire de la galerie un partage d’expériences, avec une forte prise en compte des retours des photographes.

Avec une attention toute particulière portée sur la partie événementielle –chaque jeudi soir-, nous avons voulu créer de l’interaction avec le public : revisiter le vernissage et le finissage, inventer un nouveau format événementiel afin que l’exposition vive plus longtemps, et en évolution avec des work in progress.

Artyfact pour résumer, est la rencontre d’une galerie et d’un photographe, en changeant de cadre, en offrant une réflexion sur la photographe et son exposition : Sur quels supports ? Existe t-il des alternatives à la mise en scène de « l’exposition muséale » ?

"Du Bout du monde", Cath.An ©

« Du Bout du monde », Cath.An ©

Qu’apporte la diversité d’artistes que vous exposez ?

Pour élaborer une exposition, nous partons tout d’abord d’un thème : Intimité(s) a été le premier que nous avons souhaité developper. A partir de cette trame, nous pouvons inviter certains artistes proches de cette thématique. Alors débute le travail de conception de l’exposition et de la mise en scène des travaux artistiques. Il s’agit bien d’explorer le thème à travers les visions de l’artiste.

Le rôle du public est de retrouver une ou plusieurs émotions avec ces regards croisés artistiques. La diversité est un contact. Il n’y a pas d’art individuel dans la galerie, mais plutôt des artistes qui se rencontrent et communiquent.

"Ghostcity", Annakarin Quinto ©

« Ghostcity », Annakarin Quinto ©

Comment s’articule la partie événementielle de la galerie avec l’exposition ? S’agit-il de faire de la galerie un lieu de vie et un carrefour d’échanges autour de l’art ?

Nous avons effectivement conçu la galerie comme un lieu de vie, une passerelle, un lieu d’échanges pour créer et susciter de la rencontre autour des artistes exposés. Cela doit être une joie d’entrer dans une galerie, quelque chose de facile.

L’événementiel permet cette accessibilité, avec de la danse, du chant, des lectures d’images avec une psychanalyste chaque mois. Nous voulons amener le public à la photographie, provoquer une ouverture d’esprit sur autre chose.

"Il en est des villes", François-Régis Durand ©

« Il en est des villes », François-Régis Durand ©

La galerie Artyfact est-elle une « galerie nomade » ?

Oui et non. Ce n’est pas une galerie éphémère installée ici pour six mois et ayant vocation à déménager. Le lieu nous est prêté gracieusement par un mécène, nous n’avons donc pas d’impératif de rentabilité immédiate. Nous sommes plus libres d’expérimenter.

Par extension, le nomadisme peut d’ailleurs être celui des expositions, qui ont vocation à se déplacer si d’autres lieux souhaitent les accueillir.

"Laps", Juliette Agnel ©

« Laps », Juliette Agnel ©

Comment percevez-vous votre rôle de laboratoire et expérimentateur de formats, supports et pratiques ? Est-ce compatible avec la vente de tirages ?

Avec l’exposition Intimité(s), puis avec celle en cours, Voyage(s), la galerie laboratoire, c’est celle qui a longuement travaillé sur le support d’exposition, ses variations ; puis sur la scénographie.

Le public se demande souvent si « c’est à vendre » ou bien si les objets d’auteur sont présentés dans une visée contemplative. C’est aussi notre rôle d’être une galerie qui vend et de manière originale : les possibilités sont très nombreuses, notamment en variant le support à partir d’un sujet source. Certaines pièces sont uniques, d’autres plus accessibles. Nous avons d’ailleurs l’intention à la fin de l’exposition d’installer un mur-cabinet de curiosités pour expliquer cette démarche expérimentale de vente à partir des artistes exposés.

"Drawning", Cyril Dunn ©

« Drawning », Cyril Dunn ©

Quelle est la programmation en cours chez Artyfact ?

Du 6 juin au 6 juillet, nous accueillons l’exposition Voyage(s), proposant de revisiter ce thème largement exploré en photographie grâce aux séries et installations proposées par 14 artistes.

Le parcours, l’exploration, le voyage intérieur, le dépaysement sont quelques unes des visions proposées par ces artistes.

"Sans objectif précis", Désert blanc, Michel Castermans ©

« Sans objectif précis », Désert blanc, Michel Castermans ©

Quels conseils aurait à donner la Galerie Artyfact aux jeune photographes-auteurs ?

D’être dans leur propre langage et leur propre écriture.

Informations pratiques:

La(b) Galerie Artyfact – 9, rue Forest – 75018 PARIS

Métro Place de Clichy (2/13) , Blanche (2)

Mercredi – Vendredi – Samedi: 12h-19h // Jeudi: 12h – nocturne jusqu’à 23h

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Sébastien Appiotti