Maison Européenne de la Photographie: Expositions (17/04 – 16/06)

La Maison Européenne de la Photographie propose actuellement – et jusqu’au 16 Juin- dans ses murs un cycle d’expositions variées, entre noir et blanc granuleux et couleurs brutes. Une variation que l’on a également pu observer dans le rendu même de l’image. Qu’elle soit sous forme de diaporama, imprimée ou entre peinture et image, la sélection photographique de la MEP explore et propose à son visiteur une (re)découverte non seulement des artistes-auteurs exposés, mais aussi une (re)lecture de l’art photographique et de ses supports d’exposition. 

Un article synthétique que nous avons souhaité enrichir de nombreux visuels pour mieux apprécier la profondeur et l’éclectisme des démarches proposées.

Claude Lévêque, André Morain, Gustavo Speridiao, Philippe Favier : Impressions sur le statut de l’image 

  • Claude Lévêque, Un Instant de Rêve:

Une ambiance sombre, musicale et épurée accueille le spectateur, pouvant d’ailleurs être quelque peu désarçonné par l’absence d’images imprimées. En effet, aucune photographie n’est présentée sous forme de support imprimé. Le parti-pris de l’auteur est le suivant: des flux de photographies projetés, selon différents rythmes et formats. Le tout éclairé par deux néons.

Claude Lévêque, Un instant de rêve, 2013 © adaGP. Courtesy de l’artiste et kamel mennour, Paris

Claude Lévêque, Un instant de rêve, 2013 © adaGP. Courtesy de l’artiste et kamel mennour, Paris

Est-il là cet Instant de rêve que nous propose Claude Lévêque? Créé en premier lieu par un dispositif particulier d’exposition privilégiant l’immatériel et la notion de circulation de l’image. Ces instants photographiés, en effet, sont consciemment choisis, assemblés dans une suite logique où tout semble se répondre: couleurs, ambiances, thématiques, motifs. On notera une prédominance du désaturé, voir du fade, comme pour mieux souligner le spectre de couleurs auquel tout-un-chacun est confronté dans son quotidien le plus trivial.

Claude Lévêque, Un instant de rêve, 2013 © adaGP. Courtesy de l’artiste et kamel mennour, Paris

Claude Lévêque, Un instant de rêve, 2013 © adaGP. Courtesy de l’artiste et kamel mennour, Paris

Des scènes de vie où l’homme est paradoxalement le grand absent. Claude Lévêque nous propose ainsi des traces de l’existant, ainsi qu’une recherche constante sur le décalage et la confrontation. Une démarche photographique où le réel, même insignifiant, acquiert à force de répétitions et de jeux d’échos, une dimension poétique. Et si cet instant de rêve était tout simplement une poétique de l’insignifiant, à la manière du consommateur arpentant les rayons de Castorama -enseigne si chère au coeur de Claude Lévêque- ?

Claude Lévêque, Castorama (mon cul, ma vie, mes couilles), 2005 néon bleu, 200 x 200 cm écriture léo Carbonnier Collection privée Photo : Claude lévêque © adaGP. Courtesy de l’artiste et kamel mennour, Paris

Claude Lévêque, Castorama (mon cul, ma vie, mes couilles), 2005
néon bleu, 200 x 200 cm
écriture léo Carbonnier
Collection privée
Photo : Claude Lévêque
© adaGP. Courtesy de l’artiste et kamel
mennour, Paris

  • André Morain, Photographies (1961-2012) :

André Morain est avant tout portraitiste et maître de la nuance monochrome. Jouant avec les ombres, les contrejours, le photographe a fait du vernissage -passage obligé de l’art qui s’expose- le terrain de chasse privilégié de ses compositions.

salvador Dali, 1973 © André Morain

Salvador Dali, 1973
© André Morain

Les photographies d’André Morain symbolisent la subtile alliance de la capture instantanée et de la mise en scène: navigant dans cet entre-deux inédit, le spectateur contemple tour à tour des silhouettes, des rencontres, des situations. Nous nous prenons à essayer de cerner le regard d’André Morain: un regard artistique sur l’art s’exposant. Une mise en abîme, mais surtout un témoignage précieux sur l’art contemporain et sa mise en scène depuis les années 60.

Jacques Prévert, 1965 © André Morain

Jacques Prévert, 1965
© André Morain

  • Gustavo Speridiao, Géométrie. Montage. Equilibrage. Photos et Vidéos: 

Gustavo Speridiao est un jeune artiste à la croisée des chemins: le peintre, photographe, vidéaste concentre son regard et sa démarche sur les formes d’oppression opérées dans une société en perte de repères.

Ponto, linha et plano, 2013 série “uma epopéia fotografica“ © Gustavo Speridião

Ponto, linha et plano, 2013 série “uma epopéia fotografica“ © Gustavo Speridião

On appréciera la puissance signifiante et graphique de ses dyptiques et tryptiques. Ces compositions constituent la colonne vertébrale des travaux exposés à la MEP, avec quelques installations vidéo permettant de mieux cerner son univers créatif. Mention toute particulière à la scénographie de cet espace, mettant tout particulièrement en valeur Gustavo Speridiao.

Muséu, 2009 série “uma epopéia fotografica“ © Gustavo Speridião

Muséu, 2009
série “uma epopéia fotografica“ © Gustavo Speridião

  • Philippe Favier, N&IR…:

Sciophiligrane, 2010 Photo : Hervé Durand © Philippe Favier

Sciophiligrane, 2010 Photo : Hervé Durand © Philippe Favier

 Comment qualifier l’art photographique de Philippe Favier? Partons tout simplement du principe que l’on ne peut pas.

La sirène aux jonquilles : les Noircissiques, 2013 Photos marouflées et cernées, 43 x 33 cm Photo : François Fernandez © Philippe Favier

La sirène aux jonquilles : les Noircissiques, 2013
Photos marouflées et cernées, 43 x 33 cm Photo : François Fernandez
© Philippe Favier

A la fois peinture, dessin, artisanat d’objets précieux, mystique, l’art de Philippe Favier se décline en objets précieux. Du fait-main qui propose une unité thématique ‘classique’ en photographie: le noir. Noir ici décliné en N&IR: le spectateur est plongé dans une ambiance particulière, quasi magique et est invité, par la force de l’univers déployé, à proposer sa propre grille de décryptage des oeuvres auxquelles il est confronté.

Têtes à clappe : les Noircissiques, 2013 Photos marouflées et cernées, 43 x 33 cm Photo : François Fernandez © Philippe Favier 

Têtes à clappe : les Noircissiques, 2013 Photos marouflées et cernées, 43 x 33 cm Photo : François Fernandez
© Philippe Favier


Michael Ackerman, le coup de coeur -très personnel- de Photophores 

Nous terminons enfin notre revue d’expositions de la MEP par ‘ Images et Musique. Une collection d’Actes Sud. Photographies de Michael Ackerman, Pascal Dusapin, Alain Fleischer.’

© Alain Fleischer

© Alain Fleischer

Les ouvrages ‘Images et Musique’ de la collection Actes Sud prennent la forme de livres-disque permettant ainsi de faire résonner au mieux ces deux arts complémentaires. La MEP propose avec la maison d’édition une prolongation physique de cette démarche, en offrant du regard et de l’écoute. D’une part, trois photographes et d’autre part, trois parcours musicaux à explorer, avec les oeuvres de Berg/ Schoenberg/ Webern, Pascal Dusapin, Britten / Quilter / Warlock.

© Michael Ackerman

© Michael Ackerman

S’il fallait choisir une démarche qui a particulièrement séduit l’auteur de ce billet, ce serait sans doute celle de Michael Ackerman. Auteur de noir et blanc mettant le grain au coeur de son style, ce photographe questionne le temps, la mort. Visions fantomatiques autorisées à travers le grain, les compositions de Michael Ackerman sont à la fois énigmatiques et dérangeantes : reflet d’un malaise persistant, le sentiment d’anxiété qu’inspirent ces photographies est particulièrement bien complété par le choix de Schoenberg pour la partie écoute. Des échos entre signes visuels et auditifs qui immergent de manière totale le spectateur dans un univers du sombre et de l’informe.

© Michael Ackerman

© Michael Ackerman

Informations pratiques: 

Maison Européenne de la Photographie 

5/7 rue de Fourcy, 75004 PARIS 

Tel.: 01 44 78 75 00 

Mercredi-Dimanche: 11h-20h. 

Métro: Saint-Paul (L.1) ou Pont-Marie (L.7)

www.mep-fr.org 

Sébastien Appiotti