Entretien avec…Stéphanie Lacolley @noiraude

Photophores continue son exploration de la photographie mobile francophone et des nouveaux usages qu’elles provoquent. Cette semaine avec nous, Stéphanie Lacolley@noiraude sur Instagram et EyeEm-.

Un entretien que nous avons réalisé pour en savoir plus sur sa démarche et sa recherche stylistique. Une exploration en questions d’un univers en couleurs désaturées, privilégiant la ligne comme structure de la composition, le tout formant un ensemble cohérent, et c’est ce qui a particulièrement séduit Photophores.

Quels support mobile et applications de post-traitement utilises-tu?

J’utilise mon iPhone 4S, mon Canon numérique est désormais relégué à une place de choix : dans mes étagères !

Je retouche mes clichés quasi exclusivement avec l’application Snapseed :  je travaille surtout la lumière, les contrastes. Parfois, je passe un filtre vintage ou je mets un léger flou.

J’utilise également l’application Hipstamatic.

Je n’ai jamais maitrisé la technique en photographie. Je passe très rarement mon Canon en mode manuel. Les applications me permettent de faire en édition ce que je ne maîtrise pas en réglage au niveau de la prise de vue.

Quand j’ai découvert la photographie mobile, j’avais tendance à abuser des filtres. J’aime les clichés assez purs, et les filtres quand ils sont utilisés pour passer de la photo à la création d’images. Un filtre n’est pas là pour cacher une photo mauvaise ou banale.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Couleur(s) plus que Noir et Blanc ?

C’est le sujet ou la composition qui me guide vers le noir et  blanc ou la couleur. Il est cependant vrai que la majorité de mes photos sont en couleur.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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La ligne dans tes photographies est omniprésente: ligne de fuite, ligne d’horizon notamment. Qu’exprime t-elle pour toi?

Je ne crois pas chercher particulièrement ces lignes.  La recherche d’une composition équilibrée, d’un point de vue intéressant et surtout que je trouve ‘beau’ me guide.

La ligne est un chemin, un guide, à partir de laquelle je me balade et qui emmène l’observateur. Elle structure et compose.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Quel regard poses-tu sur les paysages que tu photographies?

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Je dirais sans prétention un regard plus curieux,  sans doute inventif, graphique, créatif. Je développe ce regard depuis que je pratique la photographie mobile, iPhone en main.

Je regarde les choses qui m’entourent avec plus de curiosité : mon œil cherche l’image, des compositions, des lignes, des couleurs, des matières. Ce que l’on perçoit comme laid  trouve un intérêt : celui de le rendre beau, si ce n’est graphique.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Les choses simples du quotidien deviennent alors graphiques, parfois même poétiques.

J’aime énormément cela : le quotidien prend un autre sens ; il prend des formes, des couleurs.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Tes prises de vue contiennent en légende de nombreux hashtags – mots-dièse- : que véhiculent-ils et comment peux-tu les mettre en rapport avec le concept de « photographie conversationnelle » ?

Pour en savoir plus sur les nouveaux usages de la photographie, et notamment la « photographie conversationnelle »: Le Journal du Numérique

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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A travers l’image, nous faisons passer un certain nombre de messages.

Ma démarche photographique n’est ni militante ni partisane et encore moins égocentrique. Sur Instagram, les hashtags sont des codes pour des sujets, des thèmes,  des albums personnels, des communautés, des styles différents.

Disons que j’ai créé mes codes dans le code. C’est une manière très personnelle de communiquer ce que j’ai envie de dire.

Le hashtag n’est qu’une façon de partager une boutade, une humeur. C’est surtout très léger dans le fond, assez lourd sur la forme, car il faut avoir envie de lire ces mots collés !

Finalement, c’est devenu sur Instagram un élément de distinction.

Ces hashtags sont également une manière de raconter l’histoire de la photographie et mon état du jour. J’aime donner un sens à l’image en y associant des mots.

Je fais donc peut être de la photographie conversationnelle. Plus généralement, nous disons tous de nous à travers une photo : nous exprimons notre sensibilité. Les réseaux de partage permettent de diffuser nos messages, voire d’y répondre.

La photographie initie en soi une conversation entre le photographe et l’observateur, bien souvent un ‘dialogue de sourds’, car chacun a ses filtres : ce dernier terme vaut d’ailleurs pour la photo comme pour la communication.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Avec deux autres photographes mobiles, @lalasaida et @zericiphone , vous avez créé fin 2012 un happening tout à fait novateur dans la communauté francophone: Shot the Crown@shotthecrown . Peux-tu nous raconter la genèse, l’histoire et le message se cachant derrière Shot The Crown ?

Ce projet a germé avec les esprits créatifs de @lalasaida et @zericiphone. Ils m’ont proposé de les rejoindre dans une aventure photographique, un peu décalée. Nous avions pour idée de shooter des mises en scène décalées intérieures et extérieures

C’est @lalasaida, travaillant dans la communication, qui a initié le buzz dans la communauté francophone. Ce happening a été une très bonne expérience, puis la vie réelle a pris le dessus et nous n’avons pas continué ce projet.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Quels conseils pourraient-tu donner aux nouveaux photographes (mobiles) ?

 

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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S’amuser, profiter de ce qu’ouvre comme espace de créativité la photo mobile, de mettre à profit cette spontanéité pour capturer notre vision du monde.

Les réseaux sociaux offrent l’opportunité de partager cette vision. Cela donne du sens aux notions de partage et de création.

Aux nouveaux photographes (mobiles) qui se lancent sur ces réseaux de partage, je leur conseillerais sans doute de garder une distance critique par rapport à ces derniers, mais aussi de profiter de ces partages et des belles rencontres que l’on peut faire.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Les réseaux nous apportent la reconnaissance que nous n’avons pas toujours. Nous créons, nous produisons des images qui sont vues, voire reconnues, c’est une belle dynamique, une belle énergie qui fait du bien.

La photographie mobile est un art populaire, ouvert. Il nous permet de trouver un sens dans l’œuvre, la création, sens que nous ne trouvons plus dans le monde -notamment professionnel- d’aujourd’hui.

Forme naissante d’Art,  la photographique mobile trouvera ses maîtres, ses élèves, ses fans, ses détracteurs, mais surtout ses amateurs.

Stéphanie Lacolley @noiraude ©

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Sébastien Appiotti