Entretien avec…Yannick Brice

Les interviews ‘Paroles’ de Photophores font leur retour!  Cette semaine, nous vous proposons l’entretien de Yannick Brice@inneremotion sur les réseaux de partage photographiques, voir liens à la fin de l’article).

Yannick Brice est un photographe-expérimentateur. Véritable touche-à-tout, son travail s’est peu à peu structuré autour de thématiques fortes et de séries photographiques: high key, low key, forts contrastes, déstructurations, abstractions, exploration de la féminité, de la couleur, du noir et blanc. Un photographe, mais pas seulement: Yannick Brice expérimente, mélange et brouille les frontières: entre argentique et applications, entre photographie mobile et peinture numérique.

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The ‘Paroles’ interviews are back on Photophores! This week, we offer you an interview with Yannick Brice (@inneremotion on ‘social-photographic’ networks, links at the end of the paper). 

Yannick Brice is a photographer-experimenter. A genuine jack-of-all-trades, his work has been gradually structured around strong topics and photographic series: high key, low key, high contrasts, deconstructions, abstractions, exploration of femininity, colour, black and white. A photographer, but so much more than just that: Yannick Brice experiments, blends and blurs the boundaries: between silver process and apps, between mobile photography and digital painting. 

 

 

Quel support mobile et applications de post-traitement utilises-tu ? What mobile camera and apps do you use?

J’utilise l’iPhone 4 ou 5, un Canon EOS 500D -souvent avec un objectif fixe 50mm, ouverture f1,8-, et une Agfa Synchro Box 1957,  qui me permet de faire du format moyen .

Les applications mobiles que j’utilise principalement sont KitCam ,Snapseed, Xnview, Pixlromatic+, Photogène2. Pour donner un style « peinture numérique » à mes photographies, je me sers également des applications Glaze ,Procreate et Repix.

Pour le traitement des photos en format moyen, ma méthode de travail est la suivante: je scanne mes prises de vue ou le négatif de l’Agfa Synchro Box, puis je les retravaille avec les applications mobiles.

Plage de l'Espiguette, Grau du Roi, Agfa Synchro Box, Yannick Brice ©

Plage de l’Espiguette, Grau du Roi, Agfa Synchro Box, Yannick Brice ©

I use an iPhone 4 or -5, a Canon EOS 500D -often with a fixed 50mm lens, aperture f1, 8-, and an Agfa Synchro Box 1957, which allows me to create medium formats.

The mobile applications that I use consist mainly of KitCam, Snapseed, Xnview, Pixlromatic+ and Photogène2. To supply my images with their “digital paintings” style I also use Glaze, Procreate and Repix.

 For the editing of my analogic pictures, my method is slightly different; there I scan my print-outs or the negatives taken with the Agfa Synchro Box, after which I retouch them using the same mobile applications.

Sarah Moon, Helmut Newton, Liliroze: est-ce un trio d’inspiration pour tes compositions ? Do they constitue a source of inspiration for your compositions ?

J’apprécie la sensualité d’Helmut Newton, même si je la trouve parfois trop crue à mon goût.

Je me sens plus à l’aise avec son rapport au genre -la femme dominatrice, l’homme objet-, ou avec le côté sulfureux de son univers, même si j’en arrive vite à saturation.

Le travail de Sarah Moon  est peut être plus dans les beautés suggérées, les corps, les ombres. Je suis particulièrement sensible à ses noirs et blancs.

Sarah Moon et Helmut Newton sont complémentaires pour moi: ils viennent du milieu de la mode. Mais entre ou après les prises de vue de leurs shootings, ils photographiaient ces modèles en off, en dehors des plateaux. Ils offrent un regard intimiste sans avoir les contraintes de la commande. C’est là pour moi qu’ils ont produit leurs plus belles photographies.

Ce qui m’a fait dévier vers Liliroze est le passage à la couleur de Sarah Moon, avec son travail sur les floutés. J’ai retrouvé cet univers par hasard chez Liliroze, qui travaille la couleur d’une manière si particulière. J’ai pu retrouver cette émotion qui me plaît tant.

Yannick Brice ©

Yannick Brice ©

I appreciate the sensuality of Helmut Newton, even though at time I can find it too raw for my taste. I feel more comfortable with his ideas and visions surrounding gender -the dominant woman, the male object-, or with the often scandalous approach of his universe, even though I quickly get enough of it too.

Sarah Moons’s work is maybe a bit more inclined towards suggested beauties; the body, the shades. I’m especially susceptible to her black & white images.

Sarah Moon and Helmut Newton are to me very complementary: the both find their origins in the fashion world. But between or after their photo shoots, they also photographed their models when they weren’t “on”, outside of their constructed settings. That is, to me, when they delivered their best work.

 The evolution to colour of Sarah Moon, with her use of blur, is what made me wander to Liliroze. I found this universe of Liliroze, who manipulates colour in such a specific way, by accident. I was able to rediscover this particular emotion that pleases so much.

High key, low key, couleurs, noir et blanc, abstractions, recherche des signes de la féminité: peut-on parler chez toi d’une photographie caméléon?

With your high key, low key, colours, black & white, abstractions, signs of femininity diversity; can we call you a photographic chameleon?

La réponse commence par une anecdote: en revenant d’un voyage au Maroc, j’ai voulu faire des images lumineuses, en rapport avec cet univers éblouissant auquel j’ai été confronté. Or, cela a donné des contre-jours, des monuments noirs. J’ai osé de forts contrastes et luminosité. Je me suis aperçu que cela ne faisait ressortir que l’essentiel: ces ombres face au soleil.

Je travaillais alors plutôt la couleur, et ai décidé de tout transformer en noir et blanc. J’ai voulu faire apparaître comme des taches d’encre sur un tableau: partir du réel pour aller vers autre chose.

Puis, il m’en fallu plus: pourquoi ne pas faire le contraire? J’ai donc exploré l’antithèse, des tâches blanches sur fond noir, avec des effets relief. J’ai donc voulu explorer d’autres applications et manières d’explorer la photographie.

Il y a par exemple eu la découverte de Decim8, une application qui déstructure les photographies. Entre temps ma femme m’a fait un cadeau d’anniversaire: l’Agfa Synchro box.

J’ai par la suite suivi un chemin plus simple, optimisé mon utilisation de l’Agfa Synchro Box, en faisant des reconnaissances, des essais avec mon appareil photo numérique. La donnée « temps », je la prends désormais beaucoup plus en compte, pour produire un contenu qui me ressemble.

Caméléon n’est donc pas le terme que j’emploierai: je suis un peu touche-à-tout. Tout est parti d’un nouvel outil, l’iPhone, puis la découverte d’une boîte noire, puis d’un reflex numérique. De touche à tout, on arrive à un goulet d’étranglement en se recentrant sur l’essentiel: l’envie de créer des éléments qu’on a envie de voir: maintenant et dans 20 ans.

Black and Milk, iPhone 5, Yannick Brice ©

Black and Milk, iPhone 5, Yannick Brice ©

The answer to that starts with an anecdote: after a trip to Morocco I wanted to make bright images, compatible with this dazzling universe to which I had been exposed. This resulted in very darkly lit photos, in dark monuments. I dared go for strong contrasts and brightness changes. I highlighted only the bare essential: the shadows in connection to the sun.

Up until that point I was working more with colours, so I decided to transform everything into black & white. I wanted it to seem as if they were ink stains on a painting: to evolve from the real into something completely different. After that, I craved for more. Why not do the exact opposite? I started to experiment with the antithesis; white stains on a black background, with a three dimensional effect. So I wanted do discover other applications and other means to explore photography.

There was the discovery of Decim8 for example, and application that deconstructs photographs. In the meantime my wife had given me a birthday gift, my Afga Synchro Box.

After that I followed an easier path and optimized my use of the Agfa Synchro Box by doing explorations, or test shots, with my digital camera. As of that point I started to take time a lot more into consideration, to create a content which resembles me.

 So I wouldn’t go as far as to use the term “chameleon”: But I’m a bit into everything. It all started with a new tool, the iPhone, and the discovery of the Synchro Boxn then a DSLR. Bit by bit, I was able to refocus on the basics: the desire to create a product that you want to see now as well as in 20 years time. 

"Journal intime d'une femme ordinaire", Yannick Brice ©

« Journal intime d’une femme ordinaire », Yannick Brice ©

En quoi la notion de « série photographique » est-elle si importante dans ta démarche artistique? In what way is the notion of  ‘a photographic series’ so crucial in your creative process?

La série offre un début et une fin. Cela me permet de fixer un objectif à court terme et de ne pas m’éparpiller, puis de passer à autre chose lorsque la série s’achève.

Je peux ensuite expérimenter de nouvelles choses, tenter de nouveaux styles. Cela est conditionné par les rencontres que l’on peut faire, notamment via les réseaux photo, qui quelque part nous parlent et ont une influence sur nous. Cela nous pousse à être sans limite dans notre créativité.

Je me refuse à accepter l’uniformité et la routine. Chaque série est donc une remise en question.

Yannick Brice ©

Yannick Brice ©

A series offers a beginning and an end. This allows me to set a short term goal whilst also not letting me disperse too much, then switch to something else when the series ends.

After that, I can try new things and styles. This depends on new discoveries and connections that can be made, especially via social networks that communicate with us and have an echo on our process and work. This pushes us to have no boundaries in our creativity.

 I refuse to accept uniformity and routine. Each series is calling into question. 

Des motifs récurrents structurent ton univers photographique, et notamment l’oeil et le regard: Pourquoi? Recurring themes structure your photographic universe: especially the eye and the gaze: Why?

L’objectif est que les gens s’arrêtent, regardent et devinent cette émotion, en partie liée à mon parcours de vie.

J’ai été très influencé par le regard des autres; aujourd’hui je me sers de ces années pour faire comprendre aux gens tout ce que l’on peut faire passer par un regard: l’intensité, l’émotion comme dans une hypnose.

Yannick Brice ©

Yannick Brice ©

The goal is that people stop, look and guess the emotion, partly connected to my own life’s journey.

I was very influenced by the gaze of others, and now I use these years, my past, to make people understand all that can be routed by a look: the intensity, the emotion like in a state of hypnosis.

Photophores te propose de choisir une photo que tu juges marquante dans ton portfolio et de la commenter/ If Photophores was to ask you to choose a photo from your portfolio that you find striking in and to comment on it: which one would it be?

Private, Canon EOS 500D, Yannick Brice ©

Private, Canon EOS 500D, Yannick Brice ©

Le lieu influence directement la photographie: nous étions à Paris avec ma femme pour une exposition, et plus précisément à Pigalle dans un hôtel.

L’univers sulfureux de Pigalle a sans doute infusé en nous. Les circonstances faisaient que nous nous sommes retrouvés seuls pour la première fois depuis un certain temps. J’ai souhaité photographier ma femme pour la première fois. Nous nous sommes plongés dans l’obscurité de cette chambre d’hôtel. J’ai utilisé mon appareil photo numérique pour cette prise de vue.

La luminosité, je l’ai voulue uniquement centrée sur la féminité: une nuque, une chevelure brune, sans montrer de visage. J’ai renforcé cette photo avec un filtre qui crée une sorte d’atmosphère floutée. C’était donc une photo des premières fois: ma femme comme modèle, une nouvelle façon de concevoir la démarche créative en me posant d’emblée cette question : comment vais-je travailler ma photographie après?

Le message de la photo, outre l’exploration de la féminité, est sans doute à mes spectateurs: il s’agissait d’impulser un virage, et dire que, désormais, c’est dans cette direction que je souhaitais aller, car que j’avais fait là m’avait énormément plu.

The geographic location directly influences my photography; I was in Paris with my wife for an exhibition, located on a hotel in Pigalle.

The sulphurous universe of Pigalle was undoubtedly infused in us. The circumstances were so that we found ourself alone for the first time in a while. I wanted to photograph my wife for the first time. We plunged into the darkness of the hotel room and I used my DSLR camera to take the shot.

I focused the brightness on the femininity: a neck, brown hair, without ever showing her face. I reinforced this photo with a filter that creates a kind of blurred atmosphere. This picture consists of a lot of firsts for me; my wife as a model, a new direction to the creative approach by never losing sight of the question: how will I modify the image afterwards.

The message of the picture, other than the exploration of femininity, is very much open to the viewers, to say that from now on this is the new direction that I’m taking, as the result pleases me enormously.

 Quels conseils pourrais-tu donner aux nouveaux photographes (mobiles)? Do you have any advices that you wish to share with young (mobile) photographers starting out in the business?

Je pense qu’avant tout la photographie est un art individuel, et qu’il ne faut pas chercher forcément la reconnaissance dans l’appartenance à un groupe, à un courant artistique ou photographique.

Il faut savoir se différencier, donc expérimenter avec un oeil de débutant grand ouvert.

L’appartenance à un groupe ou à une école est pour moi un frein à la créativité.

Yannick Brice ©

Yannick Brice ©

I think that above all photography is an individual art, and you should not necessarily seek recognition or try to belong to a specific group or trend, be it photographic or artistic in general.

One must learn to differentiate oneself, by experimenting with the wide open gaze only someone starting out possesses.

To me, belonging or identifying oneself to a certain group or ‘school’ serves only as a crutch to creativity.

Yannick Brice ©

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Sébastien Appiotti