Entretien avec…Jean-Baptiste Grangier @_stw (1/2)

Retour du Grand Format sur Photophores, un espace où, hors des contraintes d’un entretien classique, le photographe prend le temps au détour des questions de dévoiler son univers artistique. 

Jean-Baptiste Grangier – @_stw sur Instagram- est un artiste-photographe à la croisée des chemins. De sa pratique mêlant argentique et photographie mobile, ressort un goût certain pour l’expérimentation et l’exploration de nouveaux territoires visuels. 

Un univers mêlant abstractions, déconstructions et visions alternatives de l’espace urbain. Un univers proposant un réseau de fines références artistiques, pour peu que l’on se décide à entrer en profondeur dans la démarche proposée.

Ce Grand Format est construit en deux actes: deux temps où se poser, apprécier ou remettre en question l’OutreNoir photographique proposé par Jean-Baptiste Grangier.

Prologue. Awakening Part I. "My role is finished, the loop is closed. However, to understand the events must go back to the beginning because the truth of this story lies in the heart of the character. "Sleep was short, I look at the mirror and wonder who is this person that I see. Is it me? There was not." Jean-Baptiste Grangier ©

Prologue. Awakening Part I. « My role is finished, the loop is closed. However, to understand the events must go back to the beginning because the truth of this story lies in the heart of the character. « Sleep was short, I look at the mirror and wonder who is this person that I see. Is it me? There was not. » Jean-Baptiste Grangier ©


Avec quels supports photographies-tu ?

Je photographie depuis ma moyenne enfance: j’ai tout d’abord commencé avec un appareil compact numérique et suis maintenant pro-argentique.

Ce qui m’a plu dans l’argentique, c’est le coté moins instantané, la surprise du développement de la pellicule. Je pratique la photographie argentique depuis deux ans maintenant.

Puis on m’a fait découvrir le potentiel de la photographie mobile. J’utilise un iPhone 4S, Hipstamatic que je me suis approprié en créant mes propres filtres ; Cameramatic ; Snapseed et Filterstorm pour les retouches techniques de base.

L’iPhone est mon couteau suisse.

дом / Jean-Baptiste Grangier ©

дом / Jean-Baptiste Grangier ©

Ton choix d’associer pellicule argentique à de la retouche mobile est atypique : qu’est-ce que cela t’apporte? Est-ce une relecture de ta prise de vue initiale ?

Le fait de scanner mes négatifs me permet de doublement les exploiter. Une première fois lors du développement dans la chambre noire, puis une deuxième avec les applications mobile et les scans.

Je pense en effet qu’il s’agit d’une relecture de ma prise de vue, car la source, le sujet photographié reste le même .

Cela m’apporte de l’expérimentation, de la « ré-exploitation », de l’aléatoire.

J’ai une démarche similaire en dessin, à partir d’un support-source.

La Tour // Jean-Baptiste Grangier ©

La Tour // Jean-Baptiste Grangier ©

 

De quelle façon tes études – ESAL : Ecole Supérieure d’Art de Lorraine – nourrissent ta pratique artistique ?

Je suis au début de mon cursus –première année- dans une démarche où l’étudiant exécute.

Les cours de photographie et de dessin sont en relation avec ma pratique. Ils nourrissent une culture, une approche, un regard.

Les professeurs arrivent à cerner les élèves, leur univers et les poussent à aller vers leur chemin et à se centrer sur lui. Sans certaines personnes au sein ou dehors de l’Ecole, je n’en serais pas à ce stade de réflexion photographique.

Фрагменты // Jean-Baptiste Grangier ©

Фрагменты // Jean-Baptiste Grangier ©

 

 Quels sont les artistes qui t’influencent et pourquoi ?

Pierre Soulages , pour sa vision et brutalité du noir.

Jean-Pascal Imsand et son recueil Vision. C’est un orfèvre de la photographie argentique.

J’apprécie également la partie surréaliste des photos d’Henri Cartier-Bresson, avec des ambiances intemporelles et empreintes d’étrangeté. Par exemple, Le chat Ulysse et l’ombre de Martine Franck.

De manière plus globale, je suis fasciné pour l’utopie, la dystopie  et le chaos.*

Безвременья // Jean-Baptiste Grangier ©

Безвременья // Jean-Baptiste Grangier ©

Pourquoi avoir choisi de nommer un de tes projets photographiques « OutreNoir » , en référence à l’expérience et au concept de Pierre Soulages –plus d’informations sur OutreNoir en hyperlien– ?

« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs et lorsqu’il illumine les plus obscures, il leur confère une grandeur ». -Pierre Soulages 

J’avais entendu parler de Soulages en art plastique, et souhaitais le réutiliser. C’est la matérialité de sa peinture, le côté tactile, la force et l’appel du noir qui m’ont touché.

Soulages, c’est une réflexion qui a fortement résonné en moi: la notion des origines, le noir antérieur à la lumière, le vide et le néant.

La couleur noire est un espace de vide qui permet d’articuler les différents éléments de la photographie. Si je ne l’utilisais pas, ces éléments disparates  n’auraient peut être pas de cohérence.

Le noir, je l’utilise à la façon de la gestalt theorie  -théorie de la physionomie de la forme des couleurs- Le vide se crée à partir du noir. Ce dernier est à la fois une présence et créateur d’espaces vides.

огней / Jean-Baptiste Grangier ©

огней / Jean-Baptiste Grangier ©

Outre la photographie, tu fais de la vidéo et écris des textes. Le message que tu exprimes à travers ces media artistiques est-il le même ? Ou bien as-tu un medium privilégié, une démarche et une intention pour chaque art ?

La vidéo, c’est pouvoir développer en continuité ; une sorte de prolongement.

Il s’agit d’un projet à deux avec Alexis Freytag, également étudiant à l’ESAL : j’ai conçu et réalisé la majorité des plans. Alexis Freytag s’est occupé du montage et du son, deux aspects qu’il a réalisé avec brio. Ces vidéos ont été réalisées avec un iPhone 4S et un trépied.

Cela me donne peut être l’envie de développer OutreNoir en vidéo.

Au niveau de l’écriture, il est important de revenir au nom que j’ai donné à mon blog Tumblr: Das Dunkle -l’obscur en allemand-.

J’ai un passé assez mouvementé. Au lieu d’avoir une thérapie, j’ai choisi d’écrire pour extérioriser quelque chose. Une écriture à la plume, pour en sentir le poids physique.

 


Sébastien Appiotti