Le Jeu de Paume s’expose ( 26/02 – 12/05 )

Du 26 février au 12 mai, le Jeu de Paume accueille dans ses murs trois expositions d’artistes:

– Une rétrospective autour de « Laure Albin Guillot: l’Enjeu classique »

Adrian Paci, « Vies en transit ».

Mathieu Copeland, « Une exposition parlée. »

Une programmation éclectique, que nous allons essayer de décrypter grâce à notre visite en avant-première de ces expositions. A l’occasion de cette rentrée photographique, le Jeu de Paume a décidé de créer un compte Instagram @jeudepaumeparis. Nous avons voulu connaître les raisons de ce choix, et remercions à cette occasion Katia Tosco, chargée de communication et des réseaux sociaux du Jeu de Paume, d’avoir accepté de nous en dire plus:

Le compte Instagram que nous venons d’inaugurer va nous permettre de relayer au plus près la vie du Jeu de Paume : à la fois ses coulisses -montage d’expositions, vernissages, tournages de portraits filmés…-, mais aussi les activités qui sont ouvertes au public -conférence, colloques, séminaires, rencontres-librairie, performances…-.

Il s’agit donc pour nous non seulement de communiquer sur notre programmation de manière plus dynamique, mais surtout d’essayer d’établir un lien plus proche avec nos publics, et d’engager de nouvelles formes d’interactions.

Laure Albin Guillot ou les enjeux de la photographie 

Ce nom ne vous dit peut être rien, mais Laure Albin Guillot (1879-1962) s’inscrit clairement comme une des artistes majeures de son temps. Entre rigueur et sensibilité, esthétique de la sensualité, les photographies de Laure Albin Guillot explorent, cherchent et provoquent un renouvellement du champ photographique de l’entre-deux-guerres.

Une oeuvre prolifique et éclectique

Laure Albin Guillot est une artiste qui touche à tout: portraitiste, artiste décoratrice en lien avec les arts appliqués, photographe de publicité pour la mode ou l’industrie pharmaceutique, amatrice de micrographies, conservateur de la Cinémathèque nationale, directrice des archives photographiques de la direction générale des Baux-Arts -futur ministère de la Culture-,… Cet inventaire à la Prévert nous donne un mince aperçu de l‘activisme de Laure Albin Guillot, tour à tour photographe et engagée dans les institutions en lien avec la photographie qu’elle aspire à élever au rang d’art.

Étude de nu, vers 1940
Épreuve argentique
14x22 cm
 Collections Roger-Viollet / Parisienne de Photographie
© Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

Étude de nu, vers 1940
. Épreuve argentique
 14×22 cm
 Collections Roger-Viollet / Parisienne de Photographie
 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

La démarche du Jeu de Paume dans tout cela? Questionner à la fois l’oeuvre d’une artiste et une période de l’histoire de la photographie, grâce à un découpage thématique en quatre parties: 

L’Atelier

Première partie de la rétrospective, centrée sur les nus et les portraits. On sera notamment sensible à ses influences classiques: la statuaire grecque par exemple. La peinture également. On entre dans ses photographies par un détail -une épaule, un bras, une courbe-, pour finalement s’y perdre. Laure Albin Guillot, à travers ses portraits, questionne la notion de Beau (classique), en offrant un regard vers le passé, et une perspective moderne, plus expérimentale dans sa démarche et le traitement de ses prises de vue.

Étude de nu, 1939 
Épreuve argentique
 39x 39cm
Bibliothèque nationale de France
 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

Étude de nu, 1939 
Épreuve argentique
 39x 39cm
Bibliothèque nationale de France
 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

Un art décoratif 

Laure Albin Guillot a également exploré la micrographie, notamment à partir de la flore. Certains ont pu parler de fusion entre l’art et la science via le médium photographique. D’autres ont pu y voir la recherche d’une photographie non-figurative, en lien avec les productions des peintres de l’entre-deux-guerres. Or, il faut avoir conscience que cette recherche de motifs est également réalisée à des fins industrielles et commerciales en tant art appliqué: abats-jours, paravents ou bien couvertures de livre.

Micrographie, vers 1929 Épreuve au charbon Fresson 25,7 x 16,5 cm
Collection paticulière, Paris
© Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

Micrographie, vers 1929 Épreuve au charbon Fresson 25,7 x 16,5 cm
Collection paticulière, Paris
© Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

La photographie publicitaire

L’oeuvre de Laure Albin Guillot interroge également la photographie: cette dernière, si elle se veut artistique, doit-elle se passer de l’apport financier des commandes et des firmes pour survivre?

L’artiste n’oublie pas d’être dans une certaine forme de rentabilité de son talent: photographe de quartier, publicités pour la mode ou l’industrie pharmaceutique, il est également fascinant de s’interroger sur la place qu’a voulu donner le Jeu de Paume aux commandes de la photographe dans cette rétrospective.

Laboratoire Mayoly-Spindler, vers 1940. 18 x 13 cm
. 
Collection particulière, Paris

Laboratoire Mayoly-Spindler, vers 1940. 18 x 13 cm
. 
Collection particulière, Paris

L’oeuvre imprimée 

Il semblerait en fin de compte que le dessein de Laure Albin Guillot soit double: faire entrer la photographie dans une sorte de marché et la sortir de son rang d’art appliqué afin qu’elle devienne un art précieux à part entière, que l’on collectionne.

Les livres d’art produits par la photographe sont à ce titre fascinants, en tant que véhicules de l’acceptation de la photographie comme objet de collection. Un livre d’art de Laure Albin Guillot, c’est avant tout une belle typographie, avec un véritable souci de la qualité des photographies, en collaboration avec l’atelier Fresson.

Hubert de Givenchy, 1948
Épreuve argentique
12,9 x 10,8 cm
. Collections Roger-Viollet / Parisienne de Photographie
 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

Hubert de Givenchy, 1948. 
Épreuve argentique
 12,9 x 10,8 cm
. Collections Roger-Viollet / Parisienne de Photographie
 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

Adrian Paci, poétique du passage ?

L’artiste, présent lors du vernissage presse inaugurant les expositions du Jeu de Paume est à la croisée des chemins: il s’agit de sa première rétrospective en France, organisée conjointement avec le Musée d’art contemporain de Montréal. Il est également au carrefour de plusieurs pratiques artistiques: photographie, vidéo, peinture, avec une installation spécialement créée pour cette occasion dans le jardin des Tuileries: La Colonne. 

The Column [La Colonne], 2013 Vidéo, 25’40 Coproduction Jeu de Paume Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich
 © Adrian Paci

The Column [La Colonne], 2013 Vidéo, 25’40 Coproduction Jeu de Paume Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich
 © Adrian Paci

Quels lignes de force ressortent de cette plongée dans l’univers créatif d’Adrian Paci? Sans doute une en particulier: le passage, le déplacement, la circulation. Qui font écho à une sourde angoisse, celle de la perte. Perte de repères, recherche d’un endroit où l’on se sent chez soi, comme avec sa série de photographies Home to Go. 


Home to Go [Un toit à soi], 2001, 
103 x 103 cm Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich
 © Adrian Paci

Home to Go [Un toit à soi], 2001, 
103 x 103 cm Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich
 © Adrian Paci

Adrian Paci explore également une esthétique de la répétition et du cycle. Ses projets filmés semblent être un éternel retour à la case départ, comme pour mieux faire réfléchir le spectateur sur certaines thématiques: son identité, sa place dans le monde et dans le cycle de la vie. Une démarche qui s’apprécie d’autant mieux qu’elle varie les supports utilisés, comme nous l’avons signalé auparavant.

Nous avons été particulièrement sensibles à deux de ses vidéos dont vous pourrez mesurer la charge symbolique et poétique: Vajtojca et Centro di Permanenza temporanea.

Vajtojca [Pleureuse], 2002
Vidéo 9’10’’ 
Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich.
© Adrian Paci

Vajtojca [Pleureuse], 2002
. Vidéo 9’10’’ 
Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich.
© Adrian Paci

Centro di Permanenza temporanea[Centre de rétention provisoire], 2007
, Vidéo, 5’30’’
 Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich. © Adrian Paci

Centro di Permanenza temporanea
[Centre de rétention provisoire], 2007
, Vidéo, 5’30’’
 Courtesy kaufmann repetto, Milan, et Galerie Peter Kilchmann, Zurich. © Adrian Paci

 

Mathieu Copeland: une exposition interrogeant les expositions 

La programmation Satellite du Jeu de Paume consiste à donner carte blanche à un artiste dans les espaces intertisiels du Jeu de Paume, principalement situés entre le rez-de-chaussée et la salle de conférences/projection cinématographique.

Mathieu Copeland nous propose de réfléchir avec lui à la place de l’exposition, l’image et les représentations que nous nous en faisons, ainsi que sur le statut de l’écrit. L’oeuvre est ainsi décrite par l’oral, invitant le spectateur à se l’approprier et à la créer via des images mentales.

Il est difficile d’expliquer par écrit une exposition qui s’expérimente et se vit. Le mieux étant alors sans doute de faire un tour par ce satellite pour poser son regard et apprécier à sa juste valeur cette proposition novatrice.

Struggling to Hear... After Ludwig van Beethoven Sonatas, 2005. 258 x 192 x 5 cm
 Courtesy de l’artiste, Victoria Miro Gallery et Yvon Lambert © Idris Khan

Struggling to Hear… After Ludwig van Beethoven Sonatas, 2005. 258 x 192 x 5 cm
 Courtesy de l’artiste, Victoria Miro Gallery et Yvon Lambert © Idris Khan

Informations pratiques: 

Jeu de Paume- 1, place de la Concorde. Paris 8E

Mardi: 11h-21h. Mercredi-dimanche: 11h-19h.

Métro : Concorde -lignes 1, 8, 12-
Bus : 24, 42, 72, 73, 84, 94

>> En savoir plus sur les activités du Jeu de Paume

Sébastien Appiotti / @strattoria