La photographie, centre de toutes les convoitises sur le web social?

Photophores a choisi de vous faire partager son analyse sous forme de questions-réponses, à partir d’une conférence organisée par la Social Media Week.

Cinq intervenants[1] ont ainsi pu débattre autour des thématiques suivantes : intérêt pour la photographie sur le web social, liens avec les réseaux sociaux, droit d’auteur et droit à l’image, évolutions à prévoir sur le web social – et en particulier Instagram-.

SMW ©

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Pour quelles raisons les réseaux sociaux se concentrent-ils sur la photographie ?

Sans doute, car dès leur création, des réseaux comme Facebook ou Instagram ont été paramétrés pour faire de la photographie un support de partage central.

Facebook, par exemple a été créé en 2004 à partir d’un trombinoscope de l’université d’Harvard. Précision qui a son importance : trombinoscope se traduit facebook en anglais. La photographie est donc au cœur, y compris dans le nom du réseau.

Avec les nouvelles possibilités offertes par les smartphones, d’autres réseaux se sont créés autour de la photographie, et notamment le plus connu d’entre tous : Instagram.

Pourquoi partager ses photographies de manière publique sur le web ?

  • Simplicité : le téléphone devient le prolongement naturel de la main. Partager une photographie mobile paraît plus accessible.
  • Densité : le succès de la photographie sur le web social s’explique aussi par l’universalité de son langage. Une image offre un ensemble de signes à décrypter, souvent compris de tous.
  • Flux : Une photographie peut s’inscrire dans une dynamique : actualité, vie sociale réelle et/ou virtuelle. Dès lors, celle-ci acquiert sur Facebook, Twitter ou Instagram une valeur illustrative et informative. Elle s’inscrit dans une communauté, avec bien souvent une espérance de reconnaissance à la clé.

Social Media Week Paris

De quelle manière une photographie acquiert une fonction informative sur le web social ?

  • Discours annexe : ou bien tout ce qui est autour de la photographie : sa géolocalisation, ses hashtags –mots-clés- sur Twitter ou Instagram. Ce discours va donner une série d’informations capitales, que l’on peut valoriser et réutiliser.

  • Hashtag : prenons l’exemple de l’ouragan Sandy. Les premières photographies sont apparues sur Instagram et Twitter bien avant les agences de presse traditionnelles. A cette occasion, une photographie mobile a fait la couverture du magazine Time.

    Time ©

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Il faut donc souligner ici le rôle que peut jouer la photographie mobile dans le repérage et la capture d’événements, ou micro événements.

Quelle relation entretiennent les utilisateurs du web social avec leurs plateformes ?

 Un constat s’impose : rien ne semble clair. Et pourtant, l’utilisateur, avant de s’engager sur une plateforme comme Instagram ou Twitter, devrait se demander : que suis-je juridiquement pour ces entreprises ? Quel statut ont mes photographies ?

Un sujet d’actualité récent permet de mieux comprendre cette méfiance et incompréhension des utilisateurs à l’égard de leurs réseaux sociaux : la révision à la fin de l’année 2012 des Conditions Générales d’Utilisation d’Instagram – CGU / TOS ,Terms Of Service-.

Cette dernière a provoqué un tollé car elle aurait menacé, directement ou indirectement les droits d’auteur des utilisateurs d’Instagram.

La malentendu s’explique en partie par l’immaturité d’Instagram : en échange d’un service gratuit, permettant aux photographies mobiles de s’échanger, nous avons affaire à une entreprise qui cherche comment devenir rentable.

Ainsi, la relation du producteur d’images avec son réseau est schizophrène : s’il est prompt à le critiquer à la moindre occasion, l’utilisateur ne semble pas vouloir se désinscrire pour autant et renoncer à partager ses photographies.

Dès lors, en tant que producteurs d’images, quels réflexes avoir ?

–       Avoir du bon sens et veiller à protéger son patrimoine photographique si celui-ci en vaut la peine.

–       Etre responsable de ses photographies et prendre conscience qu’elles sont un enjeu et objet de convoitises sur les réseaux sociaux : par autrui et potentiellement par les marques et le réseau social lui-même.

Quelles peuvent-être les évolutions à prévoir pour la photographie sur le web social ?

  • Publicité sociale : elle s’effectue de deux façons. La publicité visuelle que l’entreprise n’a pas besoin de payer, quand par exemple je me photographie avec telle marque de vêtement et que je la tague sur Instagram.  Mais également via les comptes des marques elles-mêmes, qui peuvent organiser des concours photo, et jouer sur la viralité visuelle et les codes de leurs univers respectifs. Exemples récents : Oréo, Lipton ou Nike.
  • Fluidité de l’information : comme nous l’avons suggéré  précédemment, une valorisation du scoop visuel, du « buzz » via l’image d’événements divers est envisageable. Les déclinaisons paraissent multiples, du concert de musique en passant par la catastrophe naturelle.  
  • Photographie mobile artistique : elle n’a pas été évoquée lors de la conférence, mais Photophores se permet de l’ajouter, tant nous croyons à son potentiel et à son explosion dans les années à venir. Le réseau social de partage photographique a permis le développement de l’utilisation du support mobile avec une démarche artistique. L’enjeu de demain est d’en tirer parti de manière intelligente afin de profiter des opportunités d’un écosystème photographique en pleine mutation.

Plus d’informations sur la Social Media Week, organisée par la Netscouade, dans notre précédent article.


[1] Modératrice : Laurence Butet-Roch (Polka Magazine). Intervenants: Jérôme Giusti (avocat spécialiste de la propriété intellectuelle), Gabriel Hubert (Fondateur de Nitrogram), Michaël Szadkowski (social media editor pour lemonde.fr).

Sébastien Appiotti