Entretien avec…Céline Arocas @noremi78

Cette semaine, Paroles et Photophores accueillent Céline Arocas, l’une des douze exposantes de Regards de Femmes et photographe mobile plus connue sous le pseudonyme @noremi78.

Pénétrer dans l’univers intimiste de Céline Arocas, c’est entre-ouvrir une porte sur des paradoxes: pudeur et exposition de soi, enfermement et liberté, mère et féminité. Des paradoxes féconds et créatifs, qui permettent aux images de résonner entre elles. Des échos thématiques qui construisent la démarche d’une artiste qui s’interroge en permanence sur le message de ses photographies.

Paroles, c’est donc la possibilité d’en découvrir un peu sur la construction de l’image avec les mots de Céline, dans une thématique nous tenant à coeur: Femmes et Photographie, se concluant la semaine prochaine avec l’entretien d’Audrey Lhomme @odrelom :

Quel support mobile et applications de post-traitement utilises-tu?

Je me sers d’un iPhone 4S pour mes prises de vue. Hipstamatic, Snapseed et PicFX sont les trois applications que j’utilise le plus pour retoucher.

La présentation de ta galerie virtuelle sur les réseaux sociaux de partage photographique débute avec les mots suivants: « les histoires je ne les raconte pas en mots, mais en images ». Pourrais-tu développer?

Je préfère raconter quelque chose par la photographie. Sur ces réseaux sociaux -Instagram notamment-, j’apprécie tout particulièrement de lire les interprétations des autres membres sur mes photos. Parfois, certains trouvent même une légende à mes photographies.

L’autre raison de ces mots est une forme de pudeur. Je suis plutôt réservée, et présente sur un réseau de photographie mobile avant tout pour l’image.

Je me raconte en images, et le tout forme un ensemble cohérent avec mon usage d’Instagram.

@noremi78 ©

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Lors de l’exposition « Regards de Femmes », une photographie en particulier a marqué le public.

"Sometimes the tide turns, but I'm still a rock" @noremi78 ©

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Quelle interprétation personnelle peux-tu en donner?

 Cette photographie, je la qualifierai tout simplement de profonde. Elle me fascine et m’angoisse à la fois. Il très difficile pour moi de verbaliser ce que je ressens face à elle, et d’y poser les émotions que je ressens.

Sans doute car elle représente tellement pour moi. A la base, il s’agit d’une mise en scène. J’ai voulu lui donner une force de l’intérieur, un mouvement. C’est une dynamique, celle de l’envie d’explosion pour enfin laisser exprimer ses émotions.

 C’est la photographie qui signifie « je suis libre » alors que tout se ramène au chant lexical de l’enfermement. J’ai peut être voulu explorer la dualité de la liberté, en opérant un transfert de mes états d’âme sur le modèle. C’est d’ailleurs un transfert que le spectateur peut aussi effectuer.

 

Une tension revient de manière récurrente dans des démarches d’autoportraits féminins comme celle que tu proposes: L’exposition de soi et le besoin de protection. Comment l’interprètes-tu?

 Je vais peut être surprendre en affirmant que je ne sens pas cette tension: cela ne me gêne pas de me mettre en scène et de me montrer en images. Pour cela, je considère qu’il est primordial de prendre du recul par rapport à cette pratique qu’est la photographie.

Il m’est par exemple arrivé qu’on me demande à propos de certaines images: pourquoi une telle tristesse?

La mise en scène est un concept que j’apprécie: mes autoportraits sont une forme de protection. C’est sans doute une forme de communication visuelle, plus que verbale.

Je me sens protégée par le virtuel et par la barrière au réel qu’offre la photographie mobile et les réseaux de partage. Le téléphone est un intermédiaire photographique, pas une fin en soi.

@noremi78 ©

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Le motif de l’eau revient fréquemment dans tes photographies: buée, gouttes d’eau, traces de pluie. Que symbolise cet élément dans ton approche de l’image?

Tout d’abord, la tristesse et la mélancolie. C’est une projection d’émotions que je ressens. C’est également une question d’esthétique.

La première fois que j’ai utilisé cet élément, c’était autour d’une composition entre mon fils et un miroir. La buée a été un moyen d’intensifier l’intention et le message de la photographie.

@noremi78 ©

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 Tout comme Meredith Gey @geygey , les cheveux ont dans ton univers une place à part. Pourquoi?

 Ils sont à la fois le symbole de la féminité est une esthétique codifiée. Des cheveux attachés peuvent signifier une forme de séduction. Des cheveux lâchés, un côté plus rebelle. Les cheveux participent de ces mises en scène que j’apprécie à travers les codes qu’ils transmettent.

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Dans cette réflexion autour de « Femmes et Photographie », la « mère » est un rôle qui semble être particulièrement mis en avant. Que peux-tu en dire d’après tes propres photographies?

 Mes photographies d’enfants ont une particularité: ils sont bien souvent de dos ou de profil, afin de protéger les visages. C’est aussi et surtout un moyen figer les instants d’enfance de mes fils et de créer du souvenir.

@noremi78 ©

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Cela va même plus loin, car je suis à l’écoute et en demande de l’avis de mon fils. Cette interaction est surprenante, car l’oeil d’un enfant propose un regard assez juste, avec des commentaires certes basiques, mais qui résonnent en moi.

 Le duo mère et photographe est un instant de partage avec mon fils, plus dans le commentaire que dans la mise en scène de lui-même, qui va tourner autour de captures de moments ou d’instants de bouderie.

@noremi78 ©

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Un conseil pour les nouveaux photographes mobiles?

Essayer d’être le plus proche de la réalité dans ce qu’on est vraiment, tant dans l’interaction sociale que dans la photographie. Etre soi-même: ne pas jouer de jeu ni de rôle.

Pour en revenir à la photographie, le spectateur s’habitue facilement à un seul style venant de vous et peut être surpris par le changement. D’où mon éclectisme, histoire de surprendre à chaque cliché. J’ai eu peur de lasser, alors je papillonne. Mon conseil serait de ne pas se limiter à quelque chose, de toucher à tout, mais surtout faire ce que l’on aime et de croire en ce que l’on fait.

@noremi78 ©

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Sébastien Appiotti