J’ai craqué pour… Révalités, de Julie de Waroquier

Il était enfin temps pour moi de mettre à l’honneur cette jeune photographe professionnelle lyonnaise qu’on ne présente plus : Julie de Waroquier. Vous avez déjà certainement lu ou entendu son nom quelque part… autodidacte et à seulement 23 ans, elle jouit déjà d’une notoriété certaine dans le monde de la photographie artistique, sollicitée pour de nombreux projets et exposée un peu partout en France, dans des galeries d’art ou dans le cadres d’évènements photographiques comme les Rencontres d’Arles. Lauréate de l’International Emergent Artist Award en 2012, Julie de Waroquier vient de publier son premier livre photo, intitulé Révalités (novembre 2012) et entièrement bilingue.

L’occasion de présenter cette photographe sur Photophores est donc toute trouvée avec l’évènement que constitue la sortie de ce très beau livre pour lequel je viens tout juste de craquer… et pour cause : le travail de Julie représente beaucoup pour moi.

 wishes_by_duchesse_2_guermante-d4qovps

Si je ne devais citer qu’une seule photographe en tant que mentor, source d’inspiration, c’est elle. Nous avons exactement le même âge, nous avons fait (en partie) les mêmes études (ah les joies de la prépa littéraire !). J’ai découvert son univers par hasard il y a déjà plusieurs années, du temps où LA plate-forme à la mode pour montrer ses photos n’était autre que Skyblog… (oui oui…) : Je me souviens des toutes premières photos qu’elle a faites et nous échangions pas mal d’avis. Je l’ai donc vu construire son monde féérique petit à petit, progresser de façon incroyable dans la photo, et se créer peu à peu la renommée qu’on lui connaît aujourd’hui. Et avoir pu suivre de près, et dans sa totalité un tel parcours est je pense quelque chose d’assez exceptionnel, et à partir duquel j’ai énormément appris, que ce soit du point de vue de la technique ou de la sensibilité artistique.

330683b491c6bb3828b65b4e0a8e59c9-d36elub  6c09c4d7f44eb9518e63b9991b90c3e0-d2vvrp0  f980f8695a57ccf49572100d075a6a2b-d3158bb
Voici comment Julie de Waroquier présente sa démarche :

« Dans ma photographie, je recherche le rêve, le mystère, la surprise. J’essaie de faire en sorte que chaque image soit comme échappée de l’imagination, qu’elle dérange les catégories du monde concret. Pour mieux retourner dans notre monde cependant, l’oeil nourri de visions inhabituelles et pourtant familières. Ainsi j’essaie de sonder l’inconscient dans ce qu’il a de plus poétique, et d’une certaine manière collectif : chaque photographie est à voir comme la capture d’un rêve qui serait devenu réalité, et que l’appareil serait venu saisir. Je questionne le monde en montrant ce que notre société refuse, tout ce qui relève du conte, de la légèreté et du rêve, et qui fait partie intégrante de notre réalité.

Avec mes photos, j’essaie de montrer les limites du pessimisme post-moderne, en rappelant la valeur et la profondeur de l’être humain. C’est pourquoi, par le biais du symbolisme, j’explore tout l’invisible qui constitue l’esprit et le cœur de l’homme. Ses craintes, ses désirs, ses passions. 

Je suis dans une démarche simplement poétique, qui interroge le monde et l’homme qui l’habite : je recherche le sens là où l’on voudrait nous montrer l’absurde ou le vide. »

eb0d43a1107947a1d3feff75c5f8862e-d3hueu9  51bf14760e7983f3797c41c0f076bdd4-d4ibt1i  e941536c1cccad956f18dce2913dcf09-d4783fi

Une démarche photographique que l’on peut également compléter de ces trois critiques et regards :

« Un monde d’une transparence unique, léger, doux, accueillant et sensible pour une série d’images indatables, entre nostalgie et rêve, qui en appellent au bonheur. Chaque carré est comme un petit conte séduisant dans lequel on a envie de se lover, de rester, de se protéger puisque le temps est arrêté, que la lumière est là, installée telle une caresse et qu’il n’y a plus aucune raison d’aller retrouver ailleurs un monde qui ne saurait avoir des teintes aussi raffinées. […] Un appel à la contemplation, une invite à abandonner une forme de rationalité pour accéder à l’impossible et en profiter.» Christian Caujolle, fondateur de l’Agence VU

« Avec une subtilité d’une exquise délicatesse dans le cadrage, qui toujours suggère, plus qu’il ne montre, Julie de Waroquier fait de la femme l’actrice majeure de nos songes embarqués vers un au-delà de désirs et d’illusions subtilement, langoureusement mêlés. […] Nous sommes en permanence devant des images qui interpellent, interrogent notre inconscient. »
Alain Mingam

« Julie de Waroquier a réalisé un travail onirique assez étonnant. Elle a une lumière très particulière, assez transparente et extrêmement légère. On voit cette jeune femme qui se promène dans des paysages imaginaires qui sont à la fois des mélanges de paysages d’intérieur et d’extérieur, des paysages bucoliques. On a l’impression de se promener dans une sorte de rêve nuageux, léger et aérien. C’est un travail qui procède beaucoup de cette sorte de transparence de l’image. »
François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles

876797ceb82c99409713ffe063ebd222-d5hec9y

Le livre quant à lui se présente sous la forme suivante : il rassemble soixante-trois photographies réalisées au cours des quatre dernières années, c’est-à-dire depuis que Julie de Waroquier s’est mise à la photo, accompagnées de textes. Ces clichés sont pour la plupart au format carré, sauf deux, s’accordant parfaitement avec le format du livre (27x 24,5 cm) et lui donnant ainsi une exceptionnelle homogénéité stylistique. On remarque également l’écrasante majorité de la couleur dans le traitement de ces images : une seule se trouve être en noir et blanc, et l’on pourrait s’interroger sur ce choix.

Quoi qu’il en soit, l’on remarque également qu’aucune de ces photographies n’est inédite : si vous connaissez le travail de Julie, vous avez nécessairement vu passer ces images dans une ou plusieurs de ses galeries en ligne à un moment ou à un autre.

En revanche le fait de les voir en grand format, imprimées sur un beau papier épais et velouté permet de renouveler notre regard sur son œuvre en lui donnant une certaine matérialité. Il ne s’agit plus seulement de visualiser les images, mais de les toucher et de mieux les ressentir.

J’ai été un peu surprise par la nature des textes : bien que l’on y reconnaisse parfaitement l’esprit à la fois onirique et philosophique de la jeune photographe, je m’attendais sans doute à des textes un peu plus précis, plus développés, plus directement liés aux photos, voire un peu plus techniques… Au lieu de cela, on a en réalité affaire à de courts poèmes, ou plutôt un seul poème fractionné mais à la thématique filée qui nous promène à travers les images.

Ces quelques mots, qui semblent à la fois très personnels et emprunts d’une certaine universalité de la condition humaine ne sont donc pas là pour expliquer les images, mais simplement pour les accompagner, quitte peut-être à brouiller volontairement le message pour nous laisser libres de son interprétation dans ce monde des rêves construit par Julie.

Pour finir, Révalités est un très beau livre photo dont les textes comme les photographies et leur présentation s’inscrivent au cœur de la démarche artistique de la jeune artiste, jonglant entre rêve et réalité. Cet ouvrage ne semble ainsi pas constituer pas le point d’achèvement, ni même l’apogée de sa carrière artistique, mais bien seulement son commencement…

Révalités, de Julie de Waroquier, collection « Voir naitre le talent » aux éditions KnowWare.
33 euros. En librairie.

www.juliedewaroquier.com

A-C. S.