Paroles #7 : Ornella Ascolese @a_lisbon_affair

Retour des « Paroles » de Photophores, un endroit privilégié où les photographes mobiles nous expliquent leur démarche et présentent leurs univers visuels. Pour les prochaines semaines, Photophores a prévu une série d’entretiens consacrés à la thématique Femmes et Photographie, en lien avec l’exposition Regards de Femmes, ayant eu lieu en décembre 2012 à Paris.

Les photographies d’Ornella Ascolese / @a_lisbon_affair présentent une atmosphère souvent contradictoire, entre romantisme et angoisse, sensualité et urgence de la fuite. Des noir et blancs, toujours, des femmes qui se découvrent en mouvement et par des fragments de leurs corps. Un univers tout en flouté, où la femme apparaît en filigrane.

« Paroles », a privileged place in this French blog, « Photophores », returns. It’s a place where mobile photographers can explain their approach and present their visual universe. In the coming weeks, Photophores has planned a series of interviews devoted to « Women and Photography », in conjunction with the exhibition « Regards de Femmes » (Through Women’s Eye), which took place in December 2012 in Paris.

Ornella Ascolese’s photographs (@ a_lisbon_affair) often possess a contradictory ambience, caught between romance and angst, sensuality and escapism. Images of women, always black & white, are discovered in movement and with fragmented body shots. A blurred universe, where woman appears just beneath the surface.

 

 

Un support mobile et des applications de post-traitement ? Mobile camera and apps? 

Je photographie avec mon iPhone 4, et utilise essentiellement Hipstamatic, ClassicCam et Mpro.

I photograph with my iPhone 4, and mainly use Hispstamatic, ClassicCam and Mpro. 

« Les histoires sont mes vêtements », précisé dans la présentation de profil: quelles histoires racontent tes photographies ? On your profile, you wrote « Stories are my clothes »: what stories tell your photographs? 

La photographie est chez moi une lutte permanente entre la lumière et l’ombre. Ce qui me fascine, c’est le contraste. Cela donne un esprit un peu dramatique à mes photographies, et paradoxalement parfois romantique. Ces atmosphères sont largement influencées les films que j’ai vu étant enfant : Orson Welles, Alfred Hitchcock. Ce monde monochrome m’a fasciné et marqué. Tout ceci m’amène à raconter des histoires, qui se transmettent également par le langage du vêtement. Chaque robe que je crée grâce à mon métier de styliste a une histoire. Ce concept est passionnant ,de sorte qu’il m’a aidé à créer un nouveau projet autour de la photographie.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

For me, photography is a permanent struggle between light and shadow. What fascinates me is contrast. It gives a bit of a dramatic vibe to my photographs, en paradoxically sometimes even a romantic one. Those ambiences are greatly influenced by the films I saw as a child: Orson Welles and Alfred Hitchcock. This monochrome world has fascinated and branded me. All the above has turned me into a storyteller, which also translates in my sartorial communication. Every dress that I make, I work as a dressmaker, tells a story.  It is a very passionate concept which has helped me create a new project around photography.


Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Quelles analogies envisages-tu entre ton activité de dressmaker et ta manière de faire la photographie? What analogies can you see between your profession -dressmaker- and your manner to compose a photography? 

Dans mes photographies, on trouve presque toujours une pièce des vêtements que je crée. Cela peut peut être une jupe, une blouse, un accessoire ou bien des bijoux que je fabrique. A travers mes vêtements, je dépose une partie de moi dans mes photographies.

Je suis passionnée par les univers de la mode, du théatre et du film. Cela me fascine de photographier avec cet esprit lié à ces mondes mêlés. Ce n’est pas un hasard si j’aime écrire des scénario pour mes photographies que je mets en scène.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

In my photographs you can almost always find a piece of clothing that I have created. It can be a skirt, or a blouse, an accessory or even jewellery. Through my clothing I can transfer a piece of myself in my pictures.

I am fascinated about fashion, theatre and film. It titillates me to take pictures with all of these linked and mingled influences.  It is not a coincidence that often I love to write scenarios that accompany the pictures I stage.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Te sens-tu plus artisan qu’artiste ? Do you feel more artisan than artist? 

Je me sens artisan, pas artiste. Je n’ai pas à me demander si ce que je produis est une œuvre d’art. L’iPhone est un outil pour moi. Si je dois comparer à mon métier d’origine, mon téléphone est mon aiguille et mes ciseaux à la fois.

Je pense que dans ma démarche, il y a des comparaisons à faire entre le geste tactile de l’iPhone et les gestes de la couture, le travail sur le tissu.

Par exemple, le jeu avec la transparence dans mes créations vestimentaires, entre tissus opaques et d’autres plus transparents. Cela me transcrit dans mes photos, souvent très contrastées.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

I consider myself an artisan more than an artist. I don’t have to wonder if what I’m creating is a work of art. The iPhone is a tool for me. If I had to compare it to my original profession, I’d say my smartphone is both my needle and scissors. I think that in my approach, there are comparisons to be made between the tactile gestures of iPhone, the gestures of sewing and the manipulation of fabric.

Take for example the game of transparency in my clothing, between opaque and transparent fabrics. I transcribe that same feel in my photos, often very contrasted.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Le sentiment d’angoisse et d’urgence dans tes photographies: peux-tu en parler? The feeling of anxiety and urgency in your photographs: Can you discuss about that?

Peut être est-ce effectivement de l’angoisse que je ressens : Angst en allemand, qui est ma langue maternelle. Mais je ne peux pas expliquer pourquoi. C’est un état d’esprit que je ressens en ce moment.  Le temps présent que l’on vit est composé de moments incertains. C’est une époque où on doit repartir de zéro à partir de je ne sais quoi : un nouveau départ, une fuite, dans un futur qui est indéfini.

J’ai deux enfants: je me sens responsable de leur futur, et ça me donne matière à réfléchir.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Maybe it really is anxiety I feel: Angst in German, my native language. But I can’t explain why. It’s a state of mind I feel at a certain time. The time in which we live is composed of uncertainties. It’s an age where we have to restart from scratch because of reasons unknown to me: a new start, a flee into an undetermined future.

I have two children, I feel responsible for their future. And that that gives me stuff to think about.

Le travail sur la silhouette dans ta démarche photographique ? The work on silhouette in your photographic approach?

Le corps féminin, je le trouve fascinant et exaltant. C’est pour cette raison que je préfère  photographier des détails, jamais des personnes entières. Ce sont des photographies de fragments de corps féminin : Le reste, je le laisse à l’imagination du spectateur.

Je préfère capturer une apparition, plus qu’un sujet fixe. Cela explique les floutés et le mouvement des silhouettes que je photographie. C’est comme si je me plaçais à une fenêtre et que j’observais : je suis un point fixe, les autres bougent.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

I’m intrigued and exhilarated by the female body. It’s for that very reason that I prefer to photograph only details, and never a complete person. They’re pictures of mere fragments of the female body; the rest I leave up to the viewers imagination.

I prefer to capture an appearance more than a fixed person. It explains the blurs and movements of the silhouettes I display. It’s as if I were to put myself by the window and just watch: I am a steady point, but all the others move around me.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Quel est ton regard photographique sur la femme? What is your photographic vision of the woman?

 Je présume que je regarde les femmes de manière peu critique. Je tente souvent de créer une atmosphère autour de la femme : une sorte de coquille ou de carapace, dans laquelle elle pourra au mieux laisser exprimer sa sensualité.

I think I look at women uncritically. I often try to create an ambience around women: a kind of shell in which she can express her sensuality better.

 

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Un conseil aux nouveaux photographes mobiles? Any advice to new mobile photographers? 

On est toujours influencé de et par quelque chose. Il faut trouver un regard très personnel, expérimenter –beaucoup-, ne pas être satisfait de ce que l’on produit. Se remettre en question sans cesse au niveau de sa pratique photographique. Certains photographes pensent rencontrer un jour leur style et arrêtent leur recherche. Je n’y crois pas. Mon conseil serait donc de se questionner, de s’interroger pour se dépasser et évoluer.

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

Ornella Oscolese / @a_lisbon_affair ©

We’re always very influenced BY something. You have to find your own personal view, and experiment, a lot. Don’t be satisfied by what you make. Question yourself and your skills, constantly. Some photographers find their style one day, and then stop looking altogether. I personally don’t believe in that. So my advice would be to constantly question yourself, so you’re able to go further and evolve.

 

Sébastien Appiotti