Entretien avec…Marion Canavese / @marionkna

Retour des interviews de photographes mobiles sur Photophores avec @marionkna . Introspection, exploration de la féminité, mise en scène de l’enfance, noirs et blancs abstraits, Marion jongle entre les styles. C’est cette fragilité et cette mise en danger par l’exposition de soi qui nous a plu et que nous souhaitons vous faire découvrir à travers l’exercice des questions-réponses de Photophores:

Quel téléphone et applications de retouches post-traitement utilises-tu? 

 J’utilise seulement mon Iphone4 pour prendre les photos que je poste sur Instagram. Il est beaucoup plus facile, rapide et pratique pour moi d’avoir un iPhone dans la poche que de transporter mon reflex.

De plus, je passe par Hipstamatic pour prendre toutes mes photos. Je ne peux plus m’en passer, cette application compte une quantité infinie de combinaisons, est ludique à souhait et m’offre la possibilité en tant qu’amatrice -voir même fan) de noir et blanc d’avoir une belle palette de ces derniers.

J’ai quelques applications indispensables comme Noir, Snapseed, Picfx et un ou deux filtres Instagram que j’utilise régulièrement. Mais finalement je me sers peu de ces applications car j’aime plus que tout garder le coté authentique de la photo…et Hipstamatic est juste parfait pour cela.

 

@marionkna ©

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En parcourant ta galerie, j’ai particulièrement été sensible à tes autoportraits -parties du corps, visage,…- Peux-tu nous en dire plus?

Tout d’abord pour un coté purement technique: Hipstamatic, ne possédant pas de retardateur, je suis très souvent limitée par la longueur de mon bras. Il est donc plus facile pour moi de prendre des parties de mon corps ou de mon visage.

Ensuite, j’aime énormément l’idée de suggérer les choses…tout en laissant laisser vagabonder l’imagination de la personne qui regarde la photo.

Et puis se dévoiler un peu, mais pas trop. Il y a dans ces autoportraits et leur publication une part d’exposition de soi et je souhaite aussi garder une part de mystère. Je pense que chaque partie du corps peut raconter une histoire. Quand je photographie un oeil fermé ou une main, il est essentiel pour moi de faire transparaitre un sentiment. J’essaie d’apporter ma sensibilité, ma féminité; susciter une émotion.

@marionkna ©

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Fragilité et exposition de soi, introspection et dévoilement de son corps: comment arrives-tu à concilier ces éléments dans tes autoportraits? 

S’exposer et se dévoiler n’est absolument pas une chose facile pour moi. Et je me sers même d’Instagram comme d’une « thérapie », un moyen de dépasser certains complexes. J’ai deux mots d’ordre : ne pas tomber dans la vulgarité et ne pas s’exhiber à outrance. Je vais donc chercher plus loin, trouver et puiser l’émotion dans un détail qui peut paraître insignifiant ou une expression qui ne laissera pas insensible. J’aime exploiter ces bouts et ces parties de corps, révéler la féminité qui est en moi, et certainement prendre le contre pied de la maman que je suis.

Il est évident que j’adorerais pouvoir photographier des modèles féminins mais en tant qu’amatrice, ce n’est pas très simple à réaliser.

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J’ai pu remarquer que tu avais souvent les yeux fermés dans ces autoportraits: une mise en scène du sommeil? de la mort? Que cherches-tu à exprimer avec cette pose? 

Je me rends compte en effet que j’ai souvent les yeux fermés sur mes autoportraits. Il n’y a là aucune mise en scène de la mort ou du sommeil. Plutôt une forme de timidité face à l’objectif, et un attrait certain pour l’oeil, plus particulièrement pour la paupière et les cils que je trouve d’une délicatesse infinie.

Et j’aime ces « non regards » qui en disent longs, plus expressifs qu’un simple regard, cette fragilité qui s’en dégage. J’aime l’idée que celui qui pose ses yeux sur la photo ira au delà du regard trouver ce que je cherche plus que tout à mettre dans mes clichés : une émotion. Je suis admirative d’une galerie comme celle de @mymoodypictures qui allie sobriété, féminité, mystère et émotion.

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Une exploration du noir et blanc sous toutes ses formes s’opère dans tes photographies : ombres, lumières, contrastes, teintes sépia et blanc cramé: pourquoi? 

 Effectivement je suis très portée sur le noir et blanc et j’ai énormément de mal à m’en détacher. Pourtant cette attirance est assez nouvelle pour moi. Depuis mon adolescence, je photographie, quasiment toujours en couleur. Mais Instagram m’a permis de passer un cap et d’évoluer.

Le fait de découvrir de magnifiques galeries en noir et blanc me touchant terriblement  n’ont fait que confirmer mon envie et besoin de noir et blanc. Il m’est d’ailleurs impossible de ne pas citer mon amie @stefania131313 (NDLR: interviewée précédemment dans Photophores). Sa sublime galerie d’une intensité rare arrive à me transporter constamment.

Les ombres et la lumière sont mon terrain de jeu favori…elles peuvent apporter tellement de choses comme la douceur, le coté dramatique, changent des corps en silhouettes. Elles subliment le réel sans le transformer.

J’adore aussi, en effet, teinter mes noir et blanc et particulièrement lorsqu’il s’agit de photos de mes enfants, cela amène une douceur qui correspond certainement à l’image que j’ai d’eux. Je n’aime pas surcharger mes photos, je concentre mes clichés sur un sujet, une attitude ou une expression ce qui me permet de jouer beaucoup plus facilement avec la lumière afin de diriger le regard là ou j’ai envie qu’il se pose.

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Tes photos semblent interroger quelque chose: Quoi exactement? 

Je dois avouer sincèrement que j’ai n’ai pas conscience du fait que mes photos puissent interroger quoi que ce soit. Mais j’ai bien réfléchi à la question et je pense qu’au fond mes photos sont ma voix et me permettent de faire passer un message. Un message qui dirait que la vie est trop courte, que le temps passe trop vite, qu’il faut savoir profiter de ces instants qui paraissent souvent anodins mais qui sont l’essentiel.

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Ton univers est également teinté de photographies d’enfants: Marion, comment définirais-tu la mère-photographe qui sommeille en toi?

Comment définir mon regard de mère photographe? Mon essentiel, ce sont eux. Ma famille est mon pilier et ma source d’inspiration quotidienne. Comme je le disais précédemment, je prends des photos depuis mon adolescence mais ma passion pour la photo s’est réellement déclenchée il y a six ans à la naissance de ma fille avec l’achat d’un reflex (EOS 400D) que j’adore et dont je me sers toujours. J’ai senti ce besoin de figer pour l’éternité ces moments extraordinaires, la magie et la beauté de l’enfance.

Capter les moues, les regards, les attitudes de mes enfants est un prolongement de ce qu’ils me font vivre, des émotions qu’ils me donnent. Plus que tout j’aime quand une photo respire l’amour que j’ai pour eux.

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 Tes quelques lignes de présentation demandent ironiquement: « mais comment faisait-on avant quand il n’y avait pas d’iPhone? ». Au tour de Photophores de te demander: si demain, on t’enlève ton téléphone, continueras-tu à photographier?

Je suis contente que cette question soit posée:  Et j’y réponds par un grand oui! L’iPhone est entré dans ma vie il y a seulement un an et demi alors que la photographie est en moi depuis bien longtemps. L’iphonographie m’a permis d’accéder à un monde dont je ne soupçonnais pas l’existence. Quel bonheur de découvrir des gens venus de tous horizons ayant la même passion.

Instagram m’a aidé à me jeter à l’eau et ne plus montrer seulement mes photos à ma famille ou à mes amis proches. Il a même fait germer en moi l’idée d’aller au delà de l’amateurisme. J’ai une profonde envie de me reconvertir professionnellement dans le monde de la photographie. J’espère bien ne pas m’arrêter à Instagram, je veux maintenant réellement apprendre la photographie.

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La désormais traditionnelle question de la fin pour les interviews de Photophores: Un conseil pour les nouveaux photographes mobiles arrivant sur Instagram? 

Je dirais pour commencer, se faire plaisir tout simplement tout en respectant les codes de convivialité, de courtoisie et de partage.

Aller voir aussi au delà des frontières car c’est, je trouve l’intérêt majeur d’Instagram: ce côté universel qui permet de découvrir des styles artistiques totalement différents.

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S.A.