Edito #1 : La Photographie(s)

Près d’un mois et demi s’est écoulé depuis la création de Photophores: Un temps que nous avons mis à profit pour vous proposer à la fois du culturel, du technique, du qualitatif, de l’accessible, de la photographie reflex et mobile.

Un temps pendant lequel nous avons continué à réfléchir à une seule question: pourquoi un blog en plus sur la photographie? Une kyrielle de sites existe déjà, les magazines sont pléthores: Photophores n’est-il qu’un gadget de plus?

I didn’t decide to be a photographer; I just happened to fall into it. – Berenice Abbott

Photos pherein 

Porter la lumière: voici l’étymologie exacte du terme « photophore », provenant du grec photos, la lumière, et du verbe pherein, porter. Que le lecteur de cet article se rassure: les illuminés auto-proclamés messies de la photographie n’ont pas pondu un site internet de plus!

Pourtant, nous portons quelque chose: une vision de la photographie, ou plus exactement de la photographie(s). Un pluriel entre parenthèses, pour souligner une pratique qui ne se conjugue pas au singulier. Photophores a d’emblée fait le choix de parler à la fois de photographie « conventionnelle », « traditionnelle », qu’elle soit argentique ou numérique, et de photographie mobile, réalisée à partir d’un téléphone. Nous avons préféré rassembler autour d’un pilier central: l’image photographiée.

Le positionnement de Photophores? Le voici: La Photographie n’existe pas. La photographie mobile n’existe pas. La seule chose que nous savons, c’est qu’il existe la photographie(s). 

Alors ô toi lecteur, si tu n’as pas encore cliqué ailleurs, furieux de l’hérésie que tu viens de lire, laisse nous donc le temps de t’exposer les raisons de notre choix.

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. -Socrate

La photographie mobile concentre les critiques sur son support

La photographie mobile, mobile photography, quel concept horrible diront certains. Il a sans doute paru dans un premier temps nécessaire pour se définir en tant que courant et pratique artistique, de donner une identité propre: la photographie est ainsi affublée de son support, le téléphone, et regroupe l’ensemble de la démarche: de la prise de vue au post-traitement via les applications mobiles. La définition d’une pratique passerait nécessairement par son support, et non par son contenu.

Photophores s’est également laissé prendre au jeu, car sinon, comment parler de cette pratique récente permise par l’arrivée du smartphone? L’avis est partiel et partial, mais il nous semble que si la photographie mobile prête autant le flanc à la critique de ses détracteurs, c’est également car elle porte en elle les ferments de sa dévalorisation. Il y aura toujours une sous-photographie, une petite photographie, petit p constitué de téléphones mobiles, avec des filtres sympathiques pour réhausser un quotidien terne d’apprentis-sorciers pseudo-photographes. A tous les artistes-photographes mobiles qui nous lisent, vous produisez de la « diarrhée pixellaire »: voilà ce qu’on peut lire sur la toile, voilà ce qu’il se dit de part et d’autre, certains l’air amusé, les autres l’air inquiet face à ces Frankestein de la photographie.

Alors Photophores propose en guise de sacrifice de contourner cette dénomination, partielle, communautaire, péjorative, centrée son support, sur sa forme, plus que sur le fond de démarches qui la font appartenir à l’univers photographique artistique.

Il n’y a pas de dieu Photographie avec un grand P

Mais alors, me direz vous dans un élan d’union aux airs d’Internationale: « Photographes de tous supports, unissez vous! ». Photophores s’y refuse également: il n’existe pas d’unité de la photographie, pas de Photographie au singulier avec une belle majuscule en noir et blanc.

Car cela ne tient pas compte d’une réalité que nous ne pouvons nier: il existe bien des supports différents: de la toy camera argentique, en passant par le dernier numérique reflex gonflé aux stéroïdes, et le téléphone. Oserait-on parler de la Voiture avec un grand V entre une Formule 1 et une 2CV? Les usages sont différents, les supports sont différents, les démarches sont différentes. Nous avons refusé de ne prendre pas en compte cette donnée majeure: celle de la diversité. Diversité de la création, diversité des approches, diversité du matériel utilisé.

La société primitive avait ses masques, la société bourgeoise ses miroirs, nous avons nos images. – Jean Baudrillard

La photographie(s)

« Critiquer c’est bien, proposer c’est mieux »: Nous ne proposons rien de bien révolutionnaire, mais nous n’avons toutefois pas l’intention de penser comme les autres. Car si tel était le cas, mieux vaut préférer l’original à la copie. Nous avons une vision personnelle de la photographie: celle dont le pluriel serait constamment au coeur de notre esprit. Photophores est au pluriel, notre rubriques « Cultures photo » est au pluriel, nos interviews « Paroles d’Instagramers » sont au pluriel. Mais pas un pluriel factice où il s’agit de ne donner la parole qu’à quelques uns, et à la faire accepter à d’autres. Plutôt que de se concentrer sur son support, appareil photo, téléphone, nous voulons aborder le contenu, et de manière plurielle:

–  En parlant technique, avec des tutoriels, des tests d’applications pour téléphones, des méthodes de post-traitement.

– En évoquant nos expériences et humeurs personnelles, avec des photographes dont nous apprécions l’univers et des exemples tirés de nos propres démarches photographiques.

– En proposant un concentré de cultures visuelles , accessibles et qualitatives à la fois, visibles dans le monde physique et sur le web.

Pour résumer, une vitrine pour nous rassembler autour de l’essentiel: la photographie(s), avec sa déclinaison au pluriel. Un pluriel de richesses: lieu commun, certes, mais que nous assumons totalement.

Photographier, (…) c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. C’est une façon de vivre. – Henri Cartier-Bresson

Sortir du nombril photographique 

Photophores a une dernière ambition: réfléchir avec les autres sur la photographie(s). Nous avons voulu penser de manière alternative, mais ne pas être solitaire: nous souhaitons penser et proposer avec les autres, à partir d’un ailleurs. Vous proposer à la fois des travaux universitaires, des réflexions et work in progress. Mais également une vision photographique écrite par des non-photographes: des paroles parallèles, apportant une vision complémentaire de l’instant photographique. Des personnes pour qui la photographie est quelque chose de connexe, des personnes qui utilisent la photographie comme moyen et non comme fin, des personnes qui ont des raisonnements et des démarches analogues de celles utilisées en photographie.

Belle ambition que celle du pluriel. Photophores en est là aujourd’hui: un édito qui ne restera pas au singulier, un édito qui cherche de l’écho au-delà du champ photographique.

Merci.

A très vite,

S. A.