Approche artistique et photographie mobile: Eloïse Capet @tsubame33_

Ce deuxième article, réalisé à partir des conférences données pendant le Festival de la Photographie mobile du 13 au 21 Octobre, va tenter de vous présenter en quelques lignes un exemple d’approche artistique rendue possible grâce à la photographie mobile.
Eloïse Capet, @tsubame33_ sur Instagram, propose tout d’abord à l’auditoire de la Paris Mobile Week de s’interroger quelques minutes sur le statut de l’image. Celui-ci connaît un profond bouleversement, à la fois quantitatif et qualitatif: d’où l’intérêt de la curation. Les photos mobiles sont en immense majorité non-imprimées et destinées à être partagées dans des sous-réseaux créés à partir du système d’abonnements type Instagram. L’image est désormais conversationnelle, communicante: elle se diffuse, se partage et peut être un moyen possible de réenchanter le quotidien. Après cette introduction réflexive, Eloïse Capet propose de poursuivre sa conférence par le biais d’un parcours sémiotique explorant les signes de la féminité. Par sémiotique, on entend l’étude des signes et leur signification.

Eloïse Capet ©

Les métamorphoses de l’identité féminine

Force est de constater que les personnes présentes à la conférence n’ont pas été effrayées lorsque Roland Barthes, célèbre critique et sémiologue français, a été utilisé d’emblée pour permettre à @tsubame33_ d’expliquer sa définition d’une image. Cette dernière est un réseau de signes se faisant écho les uns aux autres. Les métamorphoses de la femme puisent leur source dans l’enfance d’Eloïse, provinciale et rurale. D’où une attention toute particulière dans ses photos à la brume et aux thèmes de l’attente et de la nostalgie, exprimée visuellement par un usage fréquent du flouté et de noir&blanc.

Eloïse Capet ©

Les influences de @tsubame33_

Des lectures et des films ont également contribué à façonner l’univers visuel d’Eloïse: Jacques Prévert, Robert Desnos, les noirs et blanc de Charlie Chaplin sont quelques exemples mis en avant. Enfin, dix-huit mois passés à Prague pour un terrain de recherche dans le cadre de sa thèse a permis à cette artiste mobile de façonner son approche, empreinte d’émotion brute et marquée par les photos du tchèque  Joseph Sudek.

Joseph Sudek ©

Joseph Sudek ©

Dans le cadre de ce travail préparatoire et de mise en place de référents culturels, citons également l’oeuvre de Miroslav Tichy et l’influence qu’a eu le film Institut Benjaminta, réalisé par Timothy et Stephen Kay.

Miroslav Tichy ©

Une approche artistique, c’est un point de vue, un geste et un message

@tsubame33_ cherche à travers ses photographies une exploration de l’auto-portrait féminin sans visage. Les textures et la mise en scène de Francesca Woodman se ressentent dans ces photos, de même que les portraits de Sally Mann.

Francesca Woodman ©

Sally Mann ©

Lors de cette intervention, une phrase a en particulier retenu mon attention:

Une photo se pense, je l’habite plusieurs jours avant de la retoucher

Habiter et incarner sont des verbes qui reviennent souvent dans l’argumentation d’Eloïse sur son approche esthétique de la photographie mobile. Un travail qui a notamment été remarqué par le site Lysfoto. A partir d’un thème imposé tournant autour de la « terre », une déclinaison des états émotionnels de la femme a été proposé, sous forme de « photopoèmes ».

Enfin, notons la sortie récente de l’ebook Fantômes de papierfruit de la collaboration d’Eloïse Capet et d’Alexa Dinand, alias @garancechadeau. Union de l’écrit et de l’image tournant autour du personnage d’Amy Arbus, ce « roman-photo » 2.0 renouvelle le genre de la photo-nouvelle.

Nous aurons très prochainement l’occasion d’interviewer Eloïse Capet lors d’un grand format de Paroles d’Instagramers prévu pour le mois de novembre.

S.A.

Eloïse Capet ©

Eloïse Capet ©